Algérie : Sept féminicides rien qu’en avril !
- 30 avr.
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La recrudescence des violences faites aux femmes en Algérie a de nouveau franchi un seuil alarmant. Depuis le début du mois d’avril, au moins sept féminicides ont été recensés par des associations, révélant une réalité persistante et profondément préoccupante.
Au moins sept féminicides ont été recensés en Algérie depuis le début du mois d’avril, relèvent des associations de défense des droits des femmes. « Ces crimes, d’une extrême gravité, traduisent une réalité préoccupante et persistante des violences faites aux femmes. Ce constat appelle à une mobilisation urgente et coordonnée de l’ensemble des acteurs concernés », note le réseau Wassila, un groupe d’associations de défense des droits des femmes, qui recense les cas de violence faites aux femmes en plus d’organiser des débats et des séances de sensibilisation en faveur du respect des droits des femmes.
Comme pour beaucoup de cas, ces féminicides sont souvent l’œuvre de proches des victimes. Ainsi, le 11 avril à Akbou, Houria Bouyoucef, 76 ans, a été tuée par balles par son mari qui a retourné l’arme contre lui. Ils ont été enterrés le même jour. Le lendemain, un homme tue son épouse à Berrouaghia (Médéa) à coups de couteaux. A Bentalha, au Sud d’Alger, une mère de trois enfants a été tuée le 20 du même mois par son mari à l’aide d’un pesticide. Trois semaines auparavant, le 02 du mois, un homme a tué sa fille à Batna. La liste est longue, mais d’expérience, tous les cas ne sont pas déclarés, les familles craignant d’être jugées par la société.
Pour les spécialistes, parmi les raisons principales à cette situation, il y a d’abord la prédominance de l’esprit patriarcal dans la société. « Dès l’enfance, on apprend aux garçons qu’ils sont supérieurs aux filles », indique Chérifa Bouatta, psychologue et Directrice du Laboratoire Interdisciplinaire santé et population à l’Université Aboudaou de Bejaïa, présidente de l’Association pour l’Aide, la Recherche et le Perfectionnement en Psychologie (SARP) et membre de plusieurs commissions et réseaux spécialisés. Elle est auteure d’un ouvrage remarquable « Sous le joug du patriarcat », qui traite des violences faites aux femmes. « Ces crimes, motivés par le contrôle, la domination ou des normes sociales patriarcales, révèlent les limites de la protection des femmes face aux violences basées sur le genre », regrette, pour sa part, Yasmine Bennamani, militante féministe. Pour illustrer cette situation, il suffit de jeter un coup d'œil sur les réseaux sociaux, certains médias et même d’écouter des imams dans des mosquées, des hommes continuant de culpabiliser les femmes violentées en interrogeant sur leur part de responsabilité dans ce qui leur est arrivé !
Malgré la gravité des faits, la situation sur le terrain n’évolue pas beaucoup, constatent des militantes des droits des femmes qui, pourtant, font des propositions. « La protection des victimes doit être effective et immédiate, les dispositifs de prévention doivent être renforcés, les signalements de violence doivent être pris en charge avec diligence et sérieux et les lois existantes doivent être appliquées avec rigueur », énumère le réseau Wassila.
Au niveau institutionnel, la réglementation protégeant les femmes contre les violences existe depuis quelques années. Mais les autorités ne veulent toujours pas reconnaître effectivement le féminicide comme crime à part, à dissocier des faits-divers qui surviennent dans la société.
Essaïd Wakli



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