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Algérie: Une industrie cinématographie sans la liberté de création

Une réunion nationale sur les modalités d’investissement dans le secteur du cinéma a eu lieu, mardi à Alger, sous l’égide de la ministre de la Culture et des Arts, Mme Soraya Mouloudji.


Lorsque l'on observe la participation à cette rencontre des figures clés de la politique et de l'économie algérienne, telles que le conseiller du Président de la République en charge de l'éducation, de l'enseignement supérieur, de la formation professionnelle et de la culture, Mohamed Seghir Saâdaoui, le directeur général de l'AAPI, Omar Rekkache, ainsi que le président du Conseil du renouveau économique algérien (CREA), Kamel Moula, accompagnés de responsables et de représentants d'entreprises tant publiques que privées, ainsi que d'un nombre important d'investisseurs privés dans le secteur cinématographique, cela évoque davantage une sorte d’états-majors du cinéma.


Le gouvernement a sorti le grand jeu pour redonner vie au cinéma : des terrains en concession, des prêts à taux réduits, des allégements fiscaux… Des mesures séduisantes qui visent à attirer les investisseurs privés, comme le montre la participation du grand chef du patronat, M. Kamel Moula, à la réunion.


Mais le cinéma a une spécificité, une dualité : c’est à la fois une industrie, un commerce, et un art, le septième. On ne peut pas le gérer comme les autres secteurs, tels que l’agriculture, l’avicole ou les véhicules.


Le cinéma est un acte de création, qui commence par l’écriture : celle du scénario, qui pose les bases de l’histoire, puis celle de l’écriture cinématographique, qui la traduit en images.


Puis s’ajoutent les autres formes artistiques : les dialogues, qui donnent vie aux personnages, la musique, qui rythme les scènes, les décors, qui créent l’ambiance, le bruitage, qui renforce le réalisme, et le montage, qui structure le récit. Le cinéma est donc un domaine délicat, qui demande des auteurs de talent, qui savent exprimer leur art et leur liberté.


De la liberté, parlons-en !

La dernière loi sur l’audiovisuel prévoit notamment, dans son article 48, les prescriptions permettant de : « respecter les exigences de l’unité nationale, de la sécurité et de la défense nationales, de respecter les intérêts économiques et diplomatiques du pays, de respecter le secret de l’instruction judiciaire, de se conformer à la référence religieuse nationale, de respecter les autres références religieuses et de ne pas porter atteinte aux autres croyances ou religions , de respecter les valeurs nationales et les symboles de l’Etat tels que définis par la Constitution, de promouvoir la citoyenneté et le dialogue, de respecter les exigences liées à la morale publique et à l’ordre public ».


Ces restrictions très générales ne permettent à aucun réalisateur ou créateur digne de ce nom d’entamer un scenario ou un film à moins de tomber sous le coup de l’article 48 car, la créativité de l’artiste est étroitement liée à la liberté et à la censure.


La liberté permet à l’artiste d’exprimer sa vision personnelle, son imagination, son originalité, sans contraintes ni interdictions. La censure, au contraire, limite ou empêche l’expression artistique, en imposant des normes, des règles, des tabous, qui peuvent être d’ordre politique, religieux, moral, social, etc.


La censure peut affecter la création, la production, la diffusion et l’accès à l’art, et porter atteinte aux droits de l’artiste et du public. La créativité de l’artiste peut être un moyen de résister à la censure, de la dénoncer, de la contourner, ou de la subvertir, mais elle peut aussi en souffrir, en se censurant elle-même, en s’autolimitant, ou en renonçant à son art.


La liberté et la censure sont donc des enjeux majeurs pour la diversité culturelle, le dialogue interculturel, et le développement humain comme le stipule l’UNESCO : « L'expression artistique fait partie intégrante de notre humanité. C'est notre capacité à peindre, à chanter, à danser et à jouer en spectacle qui nous distingue en tant qu'individus. Mais c'est aussi ce qui nous rapproche en tant que communauté et nous aide à dépasser nos différences linguistiques, géographiques, culturelles, religieuses et politiques. Les artistes sont parmi les premiers visés par la censure des régimes répressifs : les poètes, les auteurs et les peintres qui remettent en cause le statu quo travaillent souvent seuls et constituent de fait des cibles faciles pour les États autoritaires et la violence des oppresseurs. Et lorsque leurs points de vue ne s'accordent pas avec l'opinion dominante, ils s'exposent également à la censure populaire. C'est pourquoi il est essentiel que l'expression artistique soient mieux protégée ».


Le gouvernement veut séduire les investisseurs privés pour le cinéma, qui exige la liberté artistique, mais il la bride par la loi sur l’audiovisuel. Et ce n’est pas fini : la ministre a annoncé qu’un projet de loi sur le cinéma est en préparation, qui va serrer encore plus la vis sur la liberté artistique.


Parmi les cas de censure, sans compter l’autocensure, le plus édifiant est celui du film sur Larbi Ben M’Hidi de Bachir Derrais, banni des salles depuis 2018 par le ministère des anciens Moudjahidines, qui s’arroge le monopole de la mémoire et la prive au peuple algérien.


En outre, le gouvernement veut ressusciter les vieilles salles de cinéma, sans tenir compte de la sociologie ni des nouveaux modes de diffusion culturelle. Le cinéma a perdu son charme d’autrefois, face à la télé, à NETFLIX et à internet.


Ces salles méritent d’être rénovées, mais en tant que lieux multiplex, où se croisent diverses activités. D’autre part, des salles modernes et agréables ont émergé dans les hyper-marchés, et attirent du public avec des films de qualité. Mais, même ces salles subissent la censure, comme le film Barbie, jugé immoral.


L’effet du film « L’opium et le bâton »:

Pour le soixantième anniversaire, le ministère de la culture et des arts, en partenariat avec le Centre algérien de développement du cinéma (CADC), a soutenu de nombreux films de jeunes réalisateurs, en hommage à l’évènement.


Ces films sont diffusés gratuitement dans les cinémathèques, mais le public se compte sur les doigts d’une main. La plupart de ces films sont des films de guerre, qui singent « L’opium et le bâton », sans en avoir les moyens ni le talent de Ahmed Rached. Ils se veulent patriotiques, mais ils ratent le coup.


Le film « Etayara Essafra » ou « Yellow plane » de Hadjer Sebata en est un exemple. La jeune réalisatrice a tenté de faire un film de guerre… en 30 minutes, et avec la participation du grand Sid Ahmed Agoumi, un monument qui ne se laisse pas facilement diriger.


En revanche, faute de moyens pour faire une fiction, le réalisateur Said Mehdaoui a opté pour un documentaire historique, agrémenté de quelques scènes fictives avec des acteurs amateurs, sur Pierre Chaulet.


Le film a été un triomphe.


Yacine M

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