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Analyse : Le retour en force d’Alger dans le Sahel, vu par la presse étrangère

26 août
2 min de lecture

Dernière mise à jour : 27 août

Depuis quelques semaines, un récit s’impose dans la presse internationale : l’Algérie est de retour dans le Sahel. Un retour jugé à la fois nécessaire, tardif et révélateur d’un rééquilibrage régional après une année de tensions qui avait marginalisé Alger au profit d’autres acteurs, notamment le Maroc et les Émirats arabes unis. Les médias étrangers décrivent un pays qui tente de reprendre la main sur son voisinage stratégique, mais dont le retour est perçu comme réactif, presque contraint par l’évolution du rapport de forces.


RFI parle d’un « tournant stratégique » à propos de la visite du Premier ministre malien à Alger, première rencontre de haut niveau depuis l’incident du drone malien abattu en avril 2025. Pour le média français, cette séquence marque la fin d’un gel diplomatique qui avait fragilisé la position algérienne dans le Sahel, un espace où Alger revendique historiquement un rôle de médiateur. La presse africaine, notamment Africa Watch, va plus loin : elle interprète ce rapprochement comme une réponse directe à la percée marocaine auprès des juntes sahéliennes, via l’« Atlantic Initiative ». Selon elle, Alger a dû « payer le prix diplomatique » pour revenir dans le jeu, en multipliant les gestes symboliques et les concessions pour rétablir la confiance avec Bamako.


Ce retour s’inscrit dans un contexte où les équilibres régionaux ont été bouleversés. L’effacement progressif des puissances occidentales, la montée en puissance des acteurs du Golfe et l’activisme marocain ont créé un vide que l’Algérie ne pouvait plus ignorer. Al Jazeera souligne que la crise malienne, les attaques contre les forces locales et la fragmentation sécuritaire ont rendu indispensable une réactivation du rôle algérien, notamment dans la libération de soldats maliens et l’ouverture d’un corridor humanitaire à Kidal. Pour le média qatari, Alger cherche à redevenir un « pôle de stabilité » dans une région où les alliances sont devenues volatiles.


La presse spécialisée, comme Al‑Monitor, relie ce retour à une dynamique plus large : la volonté de l’Algérie de réaffirmer son statut de puissance régionale au moment où elle renforce ses partenariats énergétiques avec l’Europe. Le début des travaux du gazoduc transsaharien est interprété comme un signal : Alger veut montrer qu’elle reste un acteur incontournable, capable de combiner influence diplomatique et poids économique. Dans cette lecture, le Sahel n’est pas seulement un voisinage instable, mais un espace stratégique pour la projection de puissance.


Pour autant, les médias étrangers restent prudents. Ils décrivent un retour en force, mais pas un retour triomphal. L’Algérie revient dans le Sahel parce qu’elle ne peut pas faire autrement : la menace terroriste, les trafics transnationaux et la compétition géopolitique l’y obligent. La presse souligne aussi que ce retour se fait dans un environnement plus hostile qu’il y a dix ans, où l’autorité algérienne n’est plus incontestée et où les acteurs sahéliens cherchent à diversifier leurs partenaires.


Ainsi, le récit dominant est celui d’un pays qui réapparaît au centre du jeu, mais qui doit désormais composer avec une région transformée, moins docile, plus fragmentée, et où son influence doit être reconquise plutôt que simplement réaffirmée. Pour la presse étrangère, le Sahel est devenu le test de la capacité de l’Algérie à rester une puissance stabilisatrice dans un environnement où les règles ont changé.


Nadia B

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