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COP28: Amnesty réclame la fin des énergies fossiles pour sauver le climat

La 28e Conférence des parties à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP28), qui s'ouvre ce mois-ci à Charm el-Cheikh en Égypte, doit déboucher sur un accord historique pour mettre fin définitivement à la production et à l'utilisation des combustibles fossiles. C'est indispensable pour prévenir une catastrophe climatique mondiale aux conséquences humanitaires désastreuses, alerte Amnesty International dans un rapport accablant. 


L'ONG exhorte les États participant à la COP28 à prendre un engagement ferme et contraignant sur «une élimination progressive, complète, équitable, rapide et financée des combustibles fossiles».


Selon Candy Ofime, conseillère juridique sur la justice climatique pour Amnesty, « pendant des décennies, l'industrie des combustibles fossiles a sciemment diffusé de la désinformation sur la crise climatique, niant l'impact catastrophique de ses activités. Mais les preuves scientifiques sont accablantes : ces carburants issus du pétrole, du gaz et du charbon mettent en péril l'avenir de l'humanité. Ils ravagent le climat et créent une crise humanitaire et des droits humains d'une gravité exceptionnelle ».


«Chaque nouveau projet d'extraction de combustibles fossiles nous éloigne un peu plus de l'objectif crucial de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C. C'est la ligne rouge à ne pas franchir pour éviter l'emballement climatique et des conséquences humanitaires incontrôlables », poursuit-elle.


Une industrie qui accumule des profits faramineux au détriment des droits humains


Selon le rapport «Fatal Fuels» publié par Amnesty International, l'industrie des énergies fossiles «génère des profits colossaux pour un petit nombre d'entreprises et d'États riches, qui font pression pour bloquer une transition énergétique juste et réduire au silence toute opposition».


Pétroliers, gaziers et miniers charbonniers « minent délibérément le droit humain fondamental à un environnement sain et viable pour les générations présentes et futures », dénonce l'ONG. Ces pratiques intolérables mettent en péril la survie même de millions de personnes.


Les conséquences dévastatrices de l'extraction des énergies fossiles sur les populations


L'extraction et la combustion effrénées des carburants fossiles sont les premiers responsables du réchauffement climatique, à l'origine de phénomènes météorologiques extrêmes de plus en plus intenses et fréquents: ouragans, inondations, sécheresses, canicules…


Ces événements causent déjà des pertes humaines massives, la destruction d'infrastructures critiques et de moyens de subsistance, des déplacements de populations et famines, entraînant de graves crises humanitaires et violations des droits fondamentaux à travers le monde.


La pollution de l'air due à la combustion des énergies fossiles a provoqué à elle seule 1,2 million de décès prématurés en 2020. Les populations vivant au quotidien près des sites d'extraction sont exposées à diverses substances toxiques provoquant maladies respiratoires, cancers, malformations congénitales…


Les immenses quantités de déchets générés, comme les eaux usées des mines de charbon, polluent durablement les sols et les nappes phréatiques. Les marées noires liées au transport maritime des hydrocarbures, comme dans le delta du Niger, privent des communautés entières de ressources halieutiques, dévastent la biodiversité et menacent leur accès à l'eau potable.


Des atteintes graves aux droits des peuples autochtones


Les populations autochtones sont affectées de manière disproportionnée, dénonce Amnesty International. En effet, une grande partie des ressources en charbon, pétrole et gaz encore inexploitées dans le monde se situent sur leurs terres ancestrales.


En Inde par exemple, les communautés adivasis ne sont pas du tout consultées avant que leur environnement soit sacrifié par l'industrie minière. Leurs territoires sont confisqués, leurs écosystèmes détruits et leurs modes de vie traditionnels anéantis, sans leur consentement.


Pire, les militants écologistes et les défenseurs des droits humains qui osent s'opposer aux projets extractivistes sont de plus en plus intimidés, harcelés et même assassinés. Rien qu'en 2021, 200 d'entre eux ont été tués.


La reconnaissance du droit à un environnement sain par l’ONU


Face à l'aggravation de la crise climatique et environnementale, le droit humain à un environnement propre, sain et durable a été reconnu en 2021 par le Conseil des droits de l'homme des Nations unies puis confirmé en 2022 par l'Assemblée générale.


Ce droit figure déjà dans les constitutions nationales de plus de 100 pays. Selon les Principes directeurs de l'ONU, les entreprises sont tenues de respecter le principe de « ne pas nuire » à l'environnement et aux populations.


Pourtant, les États et les institutions internationales n'en font toujours pas assez pour protéger ce droit fondamental et réguler les activités des géants des énergies fossiles, déplore Amnesty International.


L'urgence d'en finir avec le charbon, le pétrole et le gaz


L'ONG appelle à ce que les immenses réserves d'énergies fossiles encore inexploitées dans le sous-sol terrestre y restent à jamais, et ne viennent pas aggraver le dérèglement climatique.


Les pays riches et grands émetteurs de CO2 doivent cesser immédiatement tout nouveau projet d'exploration et d'extraction d'énergies fossiles sur leur territoire. Les autres pays producteurs doivent leur emboîter le pas dans les meilleurs délais, demande Amnesty.


Parallèlement, les subventions exorbitantes aux carburants fossiles doivent être éliminées progressivement à l'échelle mondiale, en veillant à protéger les populations vulnérables.


Les institutions financières doivent aussi mettre fin au financement de tout nouveau projet dans le secteur, et se désengager des énergies fossiles selon un calendrier compatible avec les objectifs climatiques.


Enfin, les pays développés, principaux responsables historiques du dérèglement climatique, se doivent d'honorer leurs engagements d'aide financière et technique envers les pays du Sud. Celle-ci est indispensable pour gérer une sortie équitable et juste des énergies fossiles à l'échelle mondiale, et permettre une transition réussie vers les énergies propres.


La COP28, une occasion cruciale pour sceller la fin des énergies fossiles


«La COP28 constitue une chance historique pour les gouvernements du monde entier de tirer un trait sur l'ère désastreuse des énergies fossiles, et d'engager une transition juste vers un avenir énergétique propre et renouvelable», insiste Amnesty International.


Mais l'ONG s'inquiète du risque d'ingérence des lobbys pétroliers, gaziers et miniers dans ces négociations cruciales pour l'avenir de l'humanité. Le choix du patron de la compagnie pétrolière nationale des Émirats arabes unis pour présider la COP28 pose notamment un problème majeur de conflit d'intérêts, dénonce-t-elle.


Les populations touchées par le dérèglement climatique et les défenseurs de l'environnement du monde entier comptent sur les dirigeants réunis en Égypte pour enfin faire prévaloir l'intérêt général et les droits des générations futures sur les profits de quelques uns, conclut Amnesty International.


La Rédaction

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