Décision de recul du français : une réforme linguistique à portée politique
- 25 juil.
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Dernière mise à jour : 27 juil.

L’annonce du recul officiel de l’enseignement du français dès la rentrée 2026‑2027 marque une nouvelle étape dans la reconfiguration linguistique voulue par les autorités algériennes. Le ministre de l’Éducation, Mohamed‑Seghir Sadaoui, a confirmé que le français ne sera plus introduit en 3ᵉ année primaire mais en 4ᵉ, une mesure présentée comme une réforme destinée à alléger les programmes et à installer l’anglais comme première langue étrangère. L’argument avancé — la proximité supposée entre les deux langues « dans les caractères et même dans la syntaxe » — relève davantage d’un discours de justification que d’un constat linguistique solide, les spécialistes rappelant que les structures de l’anglais et du français diffèrent profondément.
Cette décision s’inscrit dans une stratégie déjà amorcée en 2023, lorsque le président Abdelmadjid Tebboune avait imposé l’introduction de l’anglais en 3ᵉ année primaire. L’opération avait été menée dans l’urgence, avec le recrutement express de plus de 60 000 enseignants, ce qui avait soulevé des interrogations sur la qualité de la formation et la capacité du système éducatif à absorber un tel changement. À partir de 2026, les élèves de ce niveau n’auront plus que 1,5 heure d’anglais par semaine, sans enseignement du français, ce qui crée un monolinguisme étranger précoce dont les effets pédagogiques restent incertains.
La place du français dans l’école algérienne demeure un sujet de tension identitaire. Pour certains, il reste associé à l’héritage colonial ; pour d’autres, il constitue une langue d’ouverture, un outil scientifique et culturel. À cela s’ajoute un courant favorable à l’anglais, perçu comme la langue dominante des sciences et des technologies contemporaines. La réforme actuelle apparaît comme un geste politique visant à réduire symboliquement l’influence du français, plus qu’une mesure fondée sur une réflexion didactique approfondie.
Les chercheurs en sciences du langage et en didactique des langues critiquent une démarche précipitée, menée sans étude d’impact ni évaluation des compétences disponibles. Ils alertent sur les risques de dégradation de la qualité de l’enseignement, l’absence de planification sérieuse et la primauté d’une logique idéologique sur les impératifs pédagogiques.
En définitive, le recul du français dépasse le cadre scolaire : il traduit une volonté politique de redéfinir les hiérarchies linguistiques dans le pays. L’anglais est érigé en symbole de modernité, tandis que le français est relégué dans une position secondaire. Reste à savoir si cette reconfiguration servira réellement les apprentissages des élèves ou si elle répond avant tout à une stratégie de repositionnement identitaire.
Essaïd Wakli



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