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Derrière la rupture, un seul gagnant : la machine de censure

  • 27 avr.
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : 28 avr.


La rupture éditoriale entre Fatma Oussedik et Arezki Aït Larbi ne profite qu’aux institutions qui ont orchestré la saisie du livre et la fermeture de la librairie : elle détourne l’attention de la censure, fragilise l’éditeur et isole l’autrice. Ainsi, la déchirure Oussedik–Aït Larbi n’est pas seulement une diversion utile aux autorités : elle affaiblit la légitimité des deux acteurs au moment même où la solidarité aurait été leur meilleure protection. L’autrice perd en autorité académique, l’éditeur en crédibilité professionnelle, et le public en compréhension des enjeux réels. Pendant ce temps, les seuls à tirer avantage de cette fragmentation sont ceux qui cherchent à discipliner le champ intellectuel et à neutraliser les espaces de débat autonome.


L’affaire naît dans un contexte de pressions répétées contre Koukou Éditions, déjà exclue de plusieurs salons du livre et ciblée par des interventions administratives et policières depuis 2022. La saisie du livre Les identités rebelles et la fermeture de la librairie des Beaux-Arts s’inscrivent dans cette continuité : une intervention policière brutale, la confiscation des exemplaires, l’obligation faite aux lecteurs de restituer les livres achetés, puis une fermeture administrative d’un mois.


Lorsque la Bibliothèque nationale affirme ensuite que l’ouvrage n’a pas été déposé légalement et qu’un ISBN déjà utilisé aurait été réemployé, elle déplace le débat vers un terrain technique. L’éditeur conteste immédiatement, rappelant que le livre disposait bien d’un ISBN et que rien ne lui avait été signifié avant la saisie. Il dénonce des « pratiques délinquantes » et une violation des libertés académiques et culturelles.


C’est précisément dans cet espace que naît la déchirure entre l’autrice et l’éditeur : l’une dit avoir découvert les irrégularités en même temps que le public, l’autre affirme que les arguments administratifs ne sont qu’un prétexte. Cette divergence, qu’elle soit réelle ou amplifiée, sert objectivement les autorités. Elle crée un écran de fumée : au lieu de débattre de la censure, on discute de procédures, de responsabilités éditoriales, de malentendus supposés. Le cœur politique de l’affaire — l’interdiction d’un ouvrage scientifique portant sur une région sensible, le Mzab, et la répression d’un éditeur critique — passe au second plan.


Dans les faits, cette fracture affaiblit les deux protagonistes. Fatma Oussedik, sociologue reconnue, voit son travail réduit à une polémique administrative alors que son livre est le fruit de plusieurs années de recherche sur les identités mozabites, un sujet historiquement sensible pour un État centralisateur qui se méfie des récits pluriels. Arezki Aït Larbi, lui, se retrouve contraint de défendre non seulement la liberté de publier mais aussi la régularité technique de son travail éditorial, ce qui dilue son message politique.


Pendant ce temps, les seuls acteurs qui tirent avantage de cette division sont ceux qui ont intérêt à neutraliser les espaces de débat autonome : les services administratifs qui multiplient les sanctions, les appareils sécuritaires qui interviennent sans décision de justice, et les cercles politiques qui redoutent les travaux sur les identités régionales. La controverse interne permet de présenter la saisie comme une conséquence d’irrégularités plutôt que comme un acte de censure.


En somme, la déchirure Oussedik–Aït Larbi n’est pas un accident périphérique : elle est devenue un instrument. Elle fragilise les voix critiques, détourne l’attention du public et renforce la capacité des autorités à imposer un récit administratif à une décision fondamentalement politique.


Yacine M





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