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Des morts ignorés, un récit verrouillé : le naufrage de la presse algérienne !

29 août
2 min de lecture

Dernière mise à jour : 31 août

Les incendies qui ont ravagé des forêts et tué des dizaines de citoyens algériens dans une partie du Nord-Est du pays ont mis à nu le système médiatique algérien. Déjà peu crédibles depuis longtemps, les médias, d’Etat ou relevant du secteur privé, se sont ridiculisés à coup de censure imposée par les autorités et à cause de journalistes qui acceptent de faire de la propagande une norme au détriment de l’activité journalistique.


Après avoir observé des heures d’hésitations, les médias algériens, version « Algérie nouvelle », se sont contentés de relayer les communiqués officiels. Très peu de journalistes se sont déplacés sur place pour constater de visu ce qu’il se passe ou pour s’enquérir de la situation des sinistrés. Certains se sont contentés de reprendre les communiqués officiels émanant de la Protection civile et du ministère de l’Intérieur, tandis que d’autres ont tenté d’évoquer le drame de certains habitants des zones sinistrées. Mais une autorité supérieure semble avoir sifflé la fin de la récréation. En quelques heures, en effet et dès jeudi 27 août, les médias sont devenus une même et unique copie, diffusant les mêmes informations et utilisant le même vocabulaire.


Mais le comble du cynisme a été atteint le vendredi 28 août. La petite ville de Djamaâ Beni H’bibi, sur les hauteurs de Jijel, a vu un évènement inédit depuis les années du terrorisme : l’enterrement collectif, dans une fosse commune, d’une quarantaine de personnes mortes dans les flammes de la veille. Au lieu de se focaliser sur l'événement comme l’exigent les règles du métier, les médias ont titré, quasi-unanimement, sur la présence du premier ministre, reléguant de fait l’information essentielle qui est l’enterrement de victimes. En plus de constituer une faute professionnelle, cette situation est une faille morale puisque des victimes, décédées dans des circonstances atroces, ont été bonnement ignorées, méprisées au profit de la propagande officielle du régime.


Plus grave, l’Organisation nationale des journalistes algériens (ONJA) a diffusé, le même jour, un communiqué pour demander aux journalistes de « constituer un bouclier médiatique » pour « ne pas laisser les rumeurs » prendre le dessus. Pire, cette organisation, qui n’a jamais revendiqué la liberté de la presse, demande à « rétablir la vérité » pour faire face aux fausses informations. Le problème est que c’est le pouvoir et ses relais qui mentent et que, justement, la vérité dérange ceux qui sont au pouvoir. Plus que cela, les rédacteurs du document ignorent sans doute que la crédibilité commence par la diffusion de la vérité et non pas par le mensonge.


Pour ne rien arranger à la situation, les médias d’Etat ont exploité le drame des victimes pour faire de la propagande. C’est ainsi que dans les différents JT, on voit des rescapés remerciant les autorités, louant « la présence de l’Etat », presque heureux de constater que l’Etat « est là », oubliant de fait leurs douleurs, celle de la perte d’un être cher, d’une maison ou d’une blessure. Oui, la propagande officielle du régime peut transformer un drame en une fête !!!


Ces méthodes ne sont pas nouvelles. Mais les employer comme cela en plein drame est une forfaiture de plus, une insulte de trop aux victimes des incendies !


Essaïd Wakli

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