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Disparition inquiétante d'un militant à Béjaïa, à la veille de la visite d'un rapporteur de l’ONU

l'activiste Abdeslam Salim Bounatero
L'activiste Abdeslam Salim Bounatero

Alors que l'Algérie s'apprête à entamer en janvier son mandat « controversé » au Conseil des droits de l'homme de l'ONU, la disparition mercredi de l'activiste Abdeslam Salim Bounatero vient rappeler que la répression contre les voix dissidentes sévit encore dans le pays.


Âgé de 26 ans, ce militant de la première heure du Hirak a été arrêté devant son domicile à Béjaïa par des agents en civil et forcé de monter dans un véhicule immatriculé à Alger avant de disparaître dans la nature, rapporte le Comité national pour la libération des détenus (CNLD).


Inquiets de ne pas le voir rentrer, ses proches ont immédiatement prévenu les autorités, en vain. « J'ai fait le tour des postes de police mais personne ne semble au courant de son arrestation. On ne me donne aucune information » confie sa mère, épouvantée à l'idée qu'il lui soit arrivé malheur.


Cette arrestation arbitraire intervient quelques jours avant la venue en Algérie du Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d'association, Clément Nyaletsossi Voule, prévue du 16 au 26 septembre 2023.


Connu pour son militantisme pacifique en faveur de la démocratie, Abdeslam Salim Bounatero a déjà été emprisonné et condamné à de lourdes peines pour son engagement dans le Hirak de Béjaïa. Son entourage craint qu'il n'ait été une nouvelle fois victime de la répression qui frappe les voix dissidentes dans le pays.  


Dans une vidéo réalisée par le site d'information Elhogra.com , la mère du jeune Abdeslam, implore les autorités pour lui indiquer le lieu de détention de son fils.


Les autorités restent pour l'heure muettes, tandis que la mobilisation s'organise sur les réseaux sociaux pour retrouver au plus vite Abdeslam Salim Bounatero.


Qu'est ce qu'une disparition forcée ?


On parle de « disparition forcée » lorsqu'une personne est arrêtée, placée en détention ou enlevée par les autorités ou par des personnes agissant avec leur autorisation, et que les responsables nient ensuite que cette personne est privée de liberté ou dissimulent l’endroit où elle se trouve.


Durant la guerre d’indépendance algérienne, des milliers d’Algériens et d’Algériennes cherchèrent désespérément à savoir quel sort avait été réservé à un de leur proche enlevé, souvent sous leurs yeux, par l’armée française.


C’est seulement bien plus tard que ce mode opératoire de la répression coloniale, systématiquement employé par l’armée française à partir de 1957 en Algérie, fut condamné par le droit international. Notamment du fait de son emploi en Amérique latine, où des militaires français l’avaient enseigné : la disparition forcée est considérée aujourd’hui par l’ONU comme un crime contre l’humanité.


En Algérie, pendant la décennie noire des années 90 la pratique des enlèvements a fait partie des méthodes de guerre, comme cela avait été le cas pendant la guerre d’indépendance : environ 8000 personnes ont été officiellement portées « définitivement disparues » par l’État algérien. Un chiffre largement sous-estimé selon la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH) et d’autres ONG qui évaluent à 18.000 le nombre de disparus. Il y a peu de doutes que la quasi totalité de ces disparus sont en fait morts et gisent dans des charniers creusés à travers tout le pays.


Les représentants de l’État ne peuvent pas nier certains dérapages de la part des forces de sécurité ou des milices anti-islamistes, mais la thèse officielle est que la quasi-totalité des enlèvements et des assassinats de civils ont été commis par des terroristes. En fait, on estime à 5000 le nombre de personnes enlevées par les groupes islamistes et dont les corps n’ont pas été retrouvés.


Le plus inquiétant aujourd'hui, c'est cette même pratique qui continue à frapper des militants pacifiques.


Qui sont les auteurs de ces enlèvements ?

Plusieurs personnes ont été portées disparues après l'adoption de « la Charte pour la paix et la réconciliation nationale » qui prône l'impunité et l'oubli.


Le 26 Décembre 2011, Rabah Hatem, natif de Tizi-Ouzou, disparait alors qu'il se rendait à son travail. Quelques jours après, la presse algérienne publie une information du MDN, qui indiquerait l'arrestation d'un trentenaire (Rabah H). Sa famille frappe à toutes les portes, en vain.



Le 26 Janvier 2014, Un jeune de 34 ans, dénommé Boulanouar Chouieb, résidant dans la wilaya de Chlef, quitta son domicile à bord de sa voiture. Il n’a plus été revu depuis. Selon des témoins, il serait arrêté par des agents de l'Etat, connus dans la région.


Pour rappel, l'Algérie a été plusieurs fois, condamnée par l'ONU pour crime de disparition forcée.


Sophie K.

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