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Ils reversent leur pension de retraite d’anciens combattants pour mener des projets humanitaires

Depuis presque 20 ans, les membres de « l’Association des anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre » reversent leur pension de retraite d’anciens combattants pour mener des projets humanitaires en Algérie et en Palestine.


Le média Ouest France a rencontré quelques-uns des 400 adhérents de cette association créée il y a presque vingt ans à Albi (Tarn).



« À 65 ans, malgré ma modeste retraite d’agriculteur, j’ai refusé celle de combattant. Je ne voulais pas de cet argent taché par tout le sang versé en Algérie », affirme Rémi Serre cofondateur de l’Association des anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre (association 4ACG), qui a tenu son assemblée générale 2023 les 25 et 26 mars, à Albi (Tarn).


« Cet argent, je voulais le renvoyer en Algérie pour qu’il soit utile à ceux que nous avions fait souffrir. »


Il en parle alors au Comité des objecteurs du Tarn (COT) qui le met en contact avec trois autres anciens appelés, des petits agriculteurs comme lui, rêvant d’une réconciliation avec le peuple algérien.


Ensemble, ils créent l’association 4ACG en 2004.


 « À la première assemblée générale nous étions 15 mais l’année suivante, après l’émission (de radio) « Là-bas si j’y suis », de Daniel Mermet, 60 ! », se réjouit-il.



Aujourd’hui, l’association compte 400 adhérents, une centaine d’anciens appelés dont la moyenne d’âges est de 85 ans, un peu moins nombreux chaque année, et des « amis », souvent les enfants d’anciens appelés ou de pieds noirs.


« Ma mère est née en Algérie, j’ai adhéré il y a trois ans. Lors de la dernière assemblée générale, j’ai découvert l’ampleur de l’action de l’association et l’humanité de chacun des membres. C’est dans cet héritage moral que je souhaite m’inscrire », souligne Philippe Czapla, 56 ans, infirmier psychiatrique à Toulouse.




Depuis sa création, la 4ACG a soutenu une trentaine de projets culturels ou humanitaires pour presque 1 million d’euros, soit environ 80 000 € par an, provenant des 810 € annuels de la retraite des anciens combattants et les cotisations, 30 € minimum, des « amis ».


60 % du budget est attribué à l’Algérie et 30 % à la Palestine où l’association aide notamment Medina, une association qui apporte son soutien psychologique aux enfants traumatisés par la guerre.


« En Algérie, nous avons, entre autres, participé au financement d’une adduction d’eau pour un potager et acheté un bus scolaire pour les habitants d’un village que les Français avaient détruit et que dix-sept  familles reconstruisent », enchaîne Rémi Serre. Les 10 % restant permettent de financer diverses actions dans des pays en guerre.



Les anciens appelés interviennent également dans les établissements scolaires pour témoigner de leur expérience. Parfois en duo avec l’Association nationale des Pieds noirs progressistes et de leurs amis (ANPNPA) qui souhaite également la réconciliation entre la France et l’Algérie.


 « Quand on demande à une classe de lycéens ce qu’ils feraient s’il y avait une guerre, un sur deux partirait et se disent prêts à tuer au nom de la patrie », désapprouve-t-il, montrant la cicatrice d’une balle qui lui a traversé le cou.



Lors d’un voyage en Algérie organisé par l’association, il a rencontré un ancien fellaga (combattant pour l’indépendance de l’Algérie) et en recoupant leurs souvenirs ce dernier  lui a dit : « Tu sais, c’est peut-être moi qui t’es tiré dessus. Quelle connerie, la guerre ! »


Profondément pacifiste, Rémi Serre est intervenu au procès de son fils Pierre jugé pour insoumission, en novembre 1987 : « Une guerre, un conflit, si petit soit-il ne se règle pas par les armes »  mais par la négociation « alors pourquoi attendre ? À qui profite la guerre , toutes ces souffrances, toutes ces famines ? ».



Stanislas Hutin, 92 ans, le doyen de l’association, « opposé à la torture et dans le collimateur de sa hiérarchie » se souvient « d’avoir donné à boire et à manger à des prisonniers ».


Ce qui aurait pu lui coûter cher. Un jour, il a photographié un jeune Arabe de 14 ans qui venait d’être torturé et qu’il a retrouvé en 2013 après de nombreuses recherches et dont la photo a été publiée dans son livre :   Journal de bord, Algérie novembre 1955-mars 1956.



« J’ai eu de la chance par rapport à d’autres, à mon retour,  j’ai été entendu, écouté. J’ai pu parler et pour moi cela a été une véritable catharsis », ajoute-t-il.


Ce ne fut pas le cas pour tout le monde. Certains n’avaient jamais rien raconté avant de rejoindre la 4ACG. « Il y en a plein qui vident leur sac pour la première fois. Au début, quand ils prennent la parole, ils ne veulent pas de micro, et au fur et à mesure qu’ils parlent leur voix baisse et à la fin, ils pleurent », témoigne Rémi Serre, les yeux embués.



La rédaction

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