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L’ONU avertit la Tunisie de mettre fin au "discours de haine", et Kais Saïd s'en prend au FMI


Le Comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD) a lancé un avertissement solennel mardi 4 avril aux autorités tunisiennes pour faire cesser les « discours de haine raciste » en particulier envers les ressortissants d’Afrique subsaharienne. Un plan de sauvetage d’1,9 milliard de dollars (1,75 milliard d’euros) était discuté depuis plusieurs mois entre la Tunisie et le FMI, alors que l’Union africaine a récemment exprimé ses inquiétudes face à un « effondrement » du pays.


Le Comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD), s’est dit « alarmé » par les propos tenus par le chef de l’État tunisien, fin février, alléguant que des «hordes de migrants illégaux » en provenance des pays africains subsahariens s’inscrivaient dans « un plan criminel visant à modifier la composition du paysage démographique de la Tunisie » et étaient à l’origine « de violences, de crimes et de pratiques inacceptables ».


Le Comité est également « gravement préoccupé » par le fait que cette vague de discours de haine et de stigmatisation a conduit à des actes de violence contre ces migrants, notamment des agressions physiques et des expulsions de leur domicile et de leur travail. Le Comité est alarmé par les informations faisant état de nombreuses arrestations arbitraires de ces migrants, dont des femmes, des enfants et des étudiants, « menées par les forces de l’ordre dans le cadre de la campagne intitulée “Renforcement du tissu sécuritaire et réduction du phénomène de séjour irrégulier en Tunisie”, sans toutes les garanties procédurales ».


Le 20 mars, le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, avait averti que la situation en Tunisie était « très dangereuse », évoquant même un risque d’« effondrement » de l’Etat susceptible de « provoquer des flux migratoires vers l’Union européenne et d’entraîner une instabilité dans la région MENA [Moyen-Orient et Afrique du Nord] ». Par la voix de leur haut représentant, les vingt-sept ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne (UE) ont demandé à la Tunisie d’assurer « la finalisation du programme déjà convenu avec le Fonds monétaire international ». « Le président tunisien doit le signer, c’est indispensable », avait ajouté M. Borrell.


Une semaine plus tard, le ministre des affaires étrangères tunisien, Nabil Ammar, a appelé l’UE à montrer « davantage de compréhension » à l’égard de la Tunisie après que plusieurs dirigeants européens ont réitéré leurs inquiétudes concernant la crise que traverse le pays.


« Le monde, le FMI doivent comprendre que l’être humain n’est pas qu’un chiffre », a asséné de son côté Kaïs Saïd, jeudi 6 avril, devant la presse, en déplacement à Monastir.


« Pourquoi l’étranger ne nous rend pas l’argent qui nous a été volé », a-t-il encore déclaré. « Rendez-nous notre argent. C’est l’argent du peuple tunisien. ». « Les diktats du FMI sont inacceptables », poursuit le président tunisien. « Les injonctions [du FMI] qui conduisent à plus de pauvreté seront rejetées. (…) L’alternative est que nous devons compter sur nous-mêmes », a-t-il ajouté.


En quelques mots, le chef d’Etat tunisien sonne la fin de mois de négociations difficiles.


En proie à une grave crise financière, a Tunisie tentait de négocier ce prêt depuis plus de six mois. Un accord de principe entre le pays et le Fonds monétaire international (FMI) avait été annoncé mi-octobre 2022 mais depuis, les négociations piétinaient.


L’accord avec le FMI ne s’annonçait pas suffisant pour financer le déficit budgétaire tunisien mais était censé encourager d’autres bailleurs de fonds à aider le pays. C’est donc tout ce processus qui désormais semble hypothéqué.


Selon l’agence de notation Moody’s, Tunis pourrait bientôt se trouver en situation de défaut de paiement.



La rédaction

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