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La difficile équation mémorielle


La question mémorielle, le gaz algérien dans un contexte de guerre en Ukraine ou encore le nombre de visas accordés par Paris étaient au menu de la visite de trois jours du président Emmanuel Macron à Alger et à Oran.


C'est la deuxième fois que le président Macron se rend en Algérie depuis sa première élection en 2017. La visite vise à "poser un socle pour refonder, développer" la relation entre Paris et Alger, a insisté la présidence française. "Refonder", car la relation entre les deux pays a été mise à mal après une série de mésententes diplomatiques à l'automne.


Question mémorielle, guerre en Ukraine et gaz algérien, visas, sécurité au Sahel:


Un déplacement avant tout tourné vers la "jeunesse et l'avenir", selon l'Elysée. Si elle n'est pas censée être au cœur du voyage du président, la question mémorielle est dans tous les esprits. Cette visite intervient au terme d'une séquence chargée de symboles avec le 60e anniversaire des accords d'Evian, le 18 mars, et de l'indépendance de l'Algérie, le 5 juillet.


Encore candidat en 2017, Emmanuel Macron avait frappé les esprits en qualifiant la colonisation de "crime contre l'humanité". Il a, depuis, multiplié les gestes mémoriels. Mais l'Algérie a déploré que le président français n'exprime pas de "repentance" pour les 132 ans de colonisation française.



Après des mois de tensions, Emmanuel Macron a, de son côté, reproché au pouvoir algérien d'exploiter la "rente mémorielle" de la guerre d'indépendance pour entretenir sa légitimité et s'est interrogé sur l'existence d'une nation algérienne avant la colonisation. Même au sein de son propre camp, cette question fait débat. "Parmi ses conseillers, parmi les forces politiques sur lesquelles [Emmanuel Macron] s'appuie ou dont il espère un soutien plus ou moins tacite, il y a des points de vue différents", a relevé dimanche sur franceinfo l'historien Gilles Manceron, pointant une "forte nostalgie coloniale" à l'extrême droite, mais aussi "dans une partie de la droite française".


Après cette déclaration d'Emmanuel Macron, l'Algérie avait même rappelé son ambassadeur pendant trois mois. Le président français entend désormais "poursuivre le travail d'apaisement des mémoires". Il s'est rendra au cimetière Saint-Eugène à Alger, où reposent nombre de Français nés en Algérie, mais ce n'est "pas l'objectif premier de cette visite", nota l'Elysée.


Depuis le début de la guerre en Ukraine, l'Europe lorgne le gaz algérien. Le pays, un des dix premiers producteurs mondiaux de gaz, est devenu un interlocuteur très convoité par des Européens soucieux de réduire leur dépendance au gaz russe. L'Algérie est devenue ces derniers mois le premier fournisseur de l'Italie, via le gazoduc Transmed qui passe par la Tunisie.


Qu'en est-il alors des droits de l'homme...?


Les ONG dénoncent un tour de vis du régime, qui a étouffé le mouvement de contestation populaire du Hirak, à l'origine de la chute du président Abdelaziz Bouteflika en 2019.


Une douzaine d'organisations de la diaspora algérienne exhortent Emmanuel Macron à "ne pas occulter" le sujet des droits et libertés lors de sa visite. Elles affirment dans une lettre ouverte que les "quelques acquis" en matière de liberté d'expression, de manifestation ou encore de liberté de la presse en Algérie "sont en net recul, voire en voie de disparition".


Ces organisations disent "espérer" que cette visite "sera fructueuse pour les deux pays, fortement liés par l'histoire, la géographie, la culture, la langue et tous les échanges et partenariats tissés depuis l'indépendance", déclarent-elles dans la lettre ouverte. Sur la situation des droits humains, elles affirment néanmoins que "près de dix mille arrestations suivies d'au moins un millier de détentions provisoires abusives en violation du code pénal sont à l'actif de ce régime depuis le début" des manifestations prodémocratie du Hirak, en 2019.


Malgré des libérations ces derniers mois, environ 250 personnes sont encore détenues dans des prisons algériennes pour des délits d'opinion, selon le Comité national pour la libération des détenus (CNLD).


Selon les signataires de la lettre, "la réponse des autorités algériennes aux aspirations populaires a été une politique répressive inédite". Aujourd'hui, "les quelques acquis (...) sur la liberté d'expression, d'organisation, de manifestation, de presse et de l'activité politique sont en net recul, voire en voie de disparition".


La "diaspora algérienne n'est pas épargnée en raison de son implication et de son soutien massif et continu au mouvement populaire", poursuivent les organisations, évoquant des mesures de rétorsion dans les déplacements en Algérie.


"Des voyageurs ayant comme seul tort d'avoir manifesté une opinion, ont été victimes d'arrestations et de décisions d'interdiction de sortie du territoire algérien. Des activistes, des militants politiques, des journalistes résidant sur le territoire français sont poursuivis par la justice algérienne et leurs familles résidentes en Algérie sont parfois inquiétées", détaillent-elles.



Au final, cette visite était destinée à relancer le partenariat entre les deux pays, après plusieurs mois de crise.


Anais Thibault

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