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La douloureuse Omerta autour des féminicides en Algérie

Les statistiques sont implacables. Depuis le 1er janvier 2023, pas moins de 35 femmes ont été assassinées en Algérie, principalement par un membre de leur famille, selon le décompte de l'organisation Féminicide Algérie.  Pire encore, ce bilan est vraisemblablement en-deçà de la réalité.

 

L'affaire survenue fin novembre à Oum El Bouaghi est révélatrice. Une jeune femme de 18 ans est assassinée d'une balle dans la tête, selon les résultats de l'autopsie. Le principal suspect ? Son propre frère. Mais au lieu de dénoncer le crime, ses parents décident de dissimuler le drame et organisent discrètement ses funérailles. Ce n'est que grâce à une enquête policière approfondie que la terrible vérité finit par éclater au grand jour.

 

Le scénario est malheureusement classique. Après presque chaque féminicide, c'est le même reflexe : la famille préfère se terrer dans le silence plutôt que de porter plainte contre le ou les coupables. Une omerta aussi insupportable que compréhensible. « Les parents craignent d'être montrés du doigt et ostracisés par la communauté s'ils dénoncent un proche, surtout quand il s'agit du mari ou d'un frère de la victime », explique un juriste.

 

Ce silence coupable a de lourdes conséquences. Il prive les victimes et leurs proches de toute reconnaissance de leur calvaire dans l'espace public. Et il offre bien souvent une impunité de fait aux assassins. L’organisation Féminicide Algérie soulignait récemment que « sur les centaines de meurtres recensés depuis 2015, seulement une petite minorité a fini devant les tribunaux. »

 

Pourtant, lorsque la justice suit son cours, elle peut condamner sévèrement les coupables. En octobre 2022, l'assassin d'une adolescente de 16 ans avait écopé de 20 ans de réclusion criminelle à Boumerdès. L'accusé avait poussé la jeune fille du balcon après qu'elle ait mis fin à leurs fiançailles, ne supportant pas d'être quitté.

 

Briser la loi du silence sur les féminicides apparaît donc comme un impératif pour stopper l'hécatombe. Cela passe par un long travail de sensibilisation des familles et d'accompagnement psychologique des victimes potentielles avant les drames. L'avenir de toutes les Algériennes en dépend.


SOPHIE K.


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