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Le lourd passé algérien de Jean-Marie Le Pen: ce tabou français

Bien que la France s'enfonce dans une omerta mémorielle sur la guerre d'Algérie, un de ses épisodes les plus sombres est récemment remonté à la surface.


Dans un entretien à un média algérien, l'historien Fabrice Riceputi revient longuement sur le rôle du sulfureux Jean-Marie Le Pen pendant la bataille d'Alger en 1957. À une époque où ce dernier n'était encore qu'un obscur lieutenant parachutiste, avant de prendre la tête de l'extrême droite française des décennies plus tard.


Pourtant, moins de deux mois après son départ de la capitale algérienne, Le Pen fait déjà l'objet d'accusations étayées dans la presse du FLN, qui l'accuse d'avoir personnellement torturé des résistants algériens. Par la suite, deux plaintes pour torture seront même officiellement déposées contre lui auprès de la justice en 1962, attestant de la persistance des accusations.


Mais au fil du temps, “l'entreprise de dédiabolisation” du personnage a produit ses effets, reléguant ses exactions passées dans les oubliettes. Jusqu'à ce qu'en février 2023, contre toute évidence, un journaliste de France Inter affirme péremptoirement que “Le Pen n'a sans doute pas torturé” en Algérie.


Une forme de négationnisme historique contre laquelle Fabrice Riceputi entend lutter, en compilant pour la première fois l'ensemble des témoignages et preuves historiques chargeant le leader d'extrême droite. Ils sont au nombre d'une quinzaine, émanant de victimes qui décrivent avec une précision glaçante les agissements du “lieutenant Marco”.


Officier de renseignement impitoyable, Le Pen traquait des suspects dans toute la ville d'Alger au cœur de la nuit. Soumis à des interrogatoires brutaux pouvant mener à la mort, ses prisonniers évoquent un expert en torture, rompu aux pires sévices : ingestions d'eau souillée, passages à tabac, électrocutions ou exécutions sommaires.


Certains le soupçonnent même d'avoir opéré sous le commandement du sinistre colonel Aussaresses, chef des escadrons de la mort de l'armée française. Et d'avoir ainsi participé en connaissance de cause à la terreur sanglante qui a déferlé sur Alger au début de l'année 1957.


Malgré le sérieux de ces allégations, corroborées de toutes parts, elles sont encore balayées d'un revers de main en France par crainte de l'“autoflagellation”. C'est ce déni collectif des crimes coloniaux qui a permis à Le Pen de toujours échapper au repentir, et à un véritable examen critique de son passé algérien. Un angle mort révélateur des ambiguïtés françaises sur la période coloniale.



Sophie K.

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