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Macron va-t-il plaider la cause de Gleizes avant la visite du pape en Algérie ?

  • 8 avr.
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 10 avr.

Trois jours. C'est l'intervalle qui séparera, ce mois d'avril, l'audience privée que le pape Léon XIV accordera demain matin au président français de son atterrissage à Alger, le 13 avril. Une coïncidence de calendrier qui n'en est peut-être pas une, et qui n'a échappé à personne, à commencer par les observateurs algériens.  


Le 10 avril, Emmanuel Macron sera reçu au Palais apostolique pour sa première rencontre officielle avec Léon XIV depuis l'élection de ce dernier en mai 2025. Deux audiences avaient déjà été reportées, en octobre 2025 puis en janvier 2026, pour des raisons d'agenda selon La Croix. Le président français, accompagné de Brigitte Macron, rencontrera également les responsables de la Communauté de Sant'Egidio, réputée pour ses bons offices dans les crises diplomatiques sensibles. L'Élysée a présenté la visite comme un échange sur « les défis soulevés par l'actualité internationale ». Formule vague, qui couvre manifestement plusieurs dossiers, dont celui de Christophe Gleizes.  


Gleizes, journaliste sportif collaborateur de So Foot et Society, purge depuis juin 2025 une peine de sept ans dans une prison algérienne. Arrêté en mai 2024 à Tizi-Ouzou où il enquêtait sur la Jeunesse Sportive de Kabylie (JSK), il a été condamné pour « apologie du terrorisme » et « possession de publications nuisant à l'intérêt national ». La Cour d'appel de Tizi-Ouzou a confirmé la peine en décembre 2025, suscitant de la part de Macron une réaction publique depuis Pékin : le jugement était « excessif » et « injuste », avant une promesse d'« agir auprès des autorités algériennes ».  


Le dossier s'incruste dans une relation franco-algérienne déjà saturée d'incidents. La reconnaissance par Paris de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, l'arrestation d'un agent consulaire algérien à Créteil en avril 2025, la détention temporaire de l'écrivain Boualem Sansal : chaque épisode a ajouté une couche de défiance. La visite du ministre de l'Intérieur Laurent Nunez à Alger n'a pas suffi à desserrer l'étau. Gleizes a entre-temps été transféré dans un établissement pénitentiaire proche d'Alger, geste présenté comme humanitaire, obtenu via Ségolène Royal en janvier 2026.  


En Algérie, le rapprochement entre les deux événements a été immédiat. Que le président français choisisse de rencontrer le pape précisément trois jours avant son départ pour Alger, alors que Gleizes est incarcéré depuis dix mois, a été perçu comme une manœuvre trop lisible pour être innocente. Macron chercherait à demander au souverain pontife de plaider, en coulisses, la libération du journaliste auprès du président Tebboune. Une hypothèse d'autant moins farfelue que Gleizes, catholique, a déjà reçu plusieurs visites en prison du cardinal Jean-Paul Vesco, archevêque d'Alger, et que le dossier est connu du Vatican depuis longtemps.  


La démarche s'inscrirait dans un schéma que Paris a déjà utilisé. Dans l'affaire Sansal, l'Élysée avait sollicité l'intervention du chancelier allemand, internationalisant un contentieux judiciaire bilatéral au risque de froisser la susceptibilité souveraine d'Alger. Recourir cette fois au pape, à la veille d'une visite historique dans un pays à 99 % musulman, représenterait une pression d'un autre ordre, à la fois religieuse et diplomatique.  


Ce que Paris espère obtenir du pape restera officiellement inconnu. Les audiences privées au Palais apostolique ne font pas l'objet de compte-rendus. Mais les signaux envoyés par le Saint-Siège avant le voyage africain de Léon XIV dessinent une réponse implicite.  


Le pape a choisi de s'exprimer uniquement en anglais lors de son séjour algérien, écartant le français, langue historique de l'Église catholique en Algérie. Selon l'agence I.MEDIA, ce choix vise à « détacher l'Église catholique algérienne de son passé colonial » et, par ricochet, de Paris. Il a également privilégié le souvenir des religieuses espagnoles de Bab El Oued plutôt que celui de Mgr Pierre Claverie ou des moines de Tibhirine, références trop étroitement associées à l'héritage français. Le Vatican entend manifestement arriver à Alger sans l'ombre de Paris dans ses bagages.  


Que le dossier Gleizes devienne un axe de la visite pontificale est une question que Léon XIV semble avoir soigneusement mise de côté. Ségolène Royal, qui avait rencontré le journaliste en prison en janvier et obtenu son transfert, a salué le 7 avril la visite « historique » du pape comme « symbole du dialogue entre les religions », exprimant l'espoir qu'elle contribue à un rapprochement franco-algérien. Le Vatican n'a pas commenté.  


Sophie K.  

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