Nassera Dutour interdite d'Algérie : SOS Disparus dénonce une « escalade dangereuse »
- 27 déc. 2025
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Dernière mise à jour : 5 janv.

Cinq mois après le refoulement de sa présidente Nassera Dutour à l'aéroport d'Alger, l'association SOS Disparus interpelle directement Abdelmadjid Tebboune. Dans une lettre ouverte datée du 23 décembre, l'organisation dénonce une pratique qu'elle qualifie de "crime contre l'humanité" et exige la fin de l'arbitraire qui frappe les familles de victimes de disparitions forcées.
“Nous le vivons comme un acte délibéré, une énième violence dirigée contre nous toutes, comme une escalade dangereuse dans l'entreprise de notre effacement”, écrit l'association. Le refoulement de Nassera Dutour, mère de disparu renvoyée vers la France le 30 juillet sans justification légale, devient le symbole d'un “arbitraire” que l'organisation impute à “des fonctionnaires zélés ignorants de la loi”.
La lettre inscrit ce combat dans une longue histoire. Elle rappelle que l'Algérie a connu “la criminelle pratique de la disparition forcée de la main de l'armée coloniale" avant de la subir à nouveau durant la “décennie noire” des années 1990. “Les descendants de ceux, nombreux, qui en ont été victimes, gardent aujourd'hui encore le traumatisme et sa douloureuse mémoire”, souligne le texte, qui s'interroge : “Comment concevoir que quelques décennies plus tard, la pratique de la disparition forcée qualifiée enfin de crime contre l'humanité soit utilisée contre nous ?”
SOS Disparus dénonce le silence des institutions face à la douleur des familles. “Les institutions de notre pays libéré nous infligent déni de droit, déni de parole, déni de justice et ne répondent que par le mépris à notre douleur incommensurable”, accuse la lettre, qui décrit une souffrance devenue insupportable : “Le bâillon sur nos bouches est une torture, le sentiment d'injustice est une torture, le deuil impossible est une torture.”
Au-delà du cas individuel, l'association pointe ce qu'elle qualifie de “fabrique de l'oubli” et de “politique de l'impunité”, qu'elle présente comme “une source dangereuse de discorde et d'instabilité qui sapent les fondements mêmes indispensables à la cohésion d'une société”. “Exiger de nous de nous taire, c'est exiger de nous qu'on abandonne nos disparus s'ils sont encore en vie, c'est exiger de nous de trahir leur mémoire s'ils ne sont plus de ce monde”, martèle le texte.
L'association s'adresse au président en sa qualité de “premier magistrat du pays, garant du respect des droits et libertés consacrés par la constitution”. Elle réclame l'arrêt des “violations répétées” des droits fondamentaux, la fin du “harcèlement et de la répression” contre les familles, et demande son “intervention pour que soit levé l'arbitraire qui empêche une Algérienne de rentrer chez elle”.
Amine B.



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