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Quand le discours économique accélère plus vite que la réalité

  • 24 mai
  • 2 min de lecture

L’affirmation du président du CREA selon laquelle « l’Algérie se développe rapidement  » s’inscrit dans un moment où le discours économique officiel cherche à consolider l’idée d’un pays engagé dans une dynamique ascendante. Cette déclaration, relayée avec insistance par les médias institutionnels, intervient alors que les autorités multiplient les annonces de projets industriels, agricoles et énergétiques, et à quelques semaines d’échéances politiques où la narration d’un redressement national devient un enjeu stratégique. Le CREA, organisation patronale proche des orientations gouvernementales, joue ici un rôle de caisse de résonance, en mettant en avant les réformes économiques et l’amélioration supposée du climat des affaires.


Dans les faits, plusieurs indicateurs permettent effectivement de parler d’un mouvement, sinon rapide, du moins visible. Les partenariats énergétiques conclus récemment avec Oman, le Niger ou le Tchad, les projets industriels lancés à Mostaganem ou Naama, ainsi que les investissements agricoles annoncés, témoignent d’une volonté de repositionner l’économie algérienne dans son environnement régional. La croissance prévue par les institutions financières internationales, autour de 3,7 % pour 2026, alimente également cette perception d’un pays en phase d’expansion. L’État mise sur une stratégie d’infrastructures et de diversification, même si celle-ci reste encore largement dépendante des hydrocarbures, qui continuent de représenter plus de 90 % des exportations.


Mais l’idée d’un développement « rapide » mérite d’être interrogée. Les défis structurels demeurent considérables : chômage élevé chez les jeunes, inflation persistante, bureaucratie lourde, instabilité réglementaire et faible attractivité pour les investisseurs étrangers. Le climat politique, marqué par des restrictions sur les libertés publiques et une pression judiciaire sur les voix critiques, pèse également sur l’image du pays et sur la confiance nécessaire à un véritable essor économique. La communication institutionnelle met en avant les projets et les annonces, mais les retombées concrètes sur le quotidien des citoyens restent inégales, notamment en matière de pouvoir d’achat et d’emploi.


La déclaration du président du CREA relève ainsi autant d’un positionnement politique que d’une lecture économique. Elle participe à la construction d’un récit national où l’Algérie avance, se transforme et s’ouvre, tout en occultant les lenteurs, les contradictions et les fragilités qui accompagnent ce processus. Le pays se trouve dans une phase de transition, où les ambitions affichées coexistent avec des réalités plus complexes. Parler de développement rapide revient moins à décrire une situation objectivement mesurable qu’à soutenir une orientation politique et à encourager une perception positive des réformes en cours. Reste à savoir si cette dynamique annoncée se traduira, dans les mois et années à venir, par des améliorations tangibles pour l’ensemble de la société.


Yacine M

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