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Quotas, hausses de frais… : Quand la France tourne le dos à ses élites intellectuelles d'ailleurs

Les instances universitaires s'inquiètent à juste titre d'un risque de décrochage massif des futurs étudiants et collaborateurs académiques étrangers.  

 

L'adoption de la loi immigration le 19 décembre 2023, avec le soutien polémique des voix d'extrême droite, marque un tournant inquiétant pour les relations de la France avec ses partenaires académiques étrangers. En durcissant significativement les conditions d'accès et de séjour sur le territoire pour les étudiants et chercheurs internationaux, ce texte controversé fait l'effet d'une douche froide sur le rayonnement universitaire et scientifique français à l'étranger.

 

Un recul patent des valeurs d'ouverture et d'égalité républicaines dénoncé par la communauté académique. Les présidences d'université ont rapidement condamné avec vigueur ces nouvelles dispositions jugées contraires aux fondamentaux qui ont longtemps fait la force d'attractivité des établissements tricolores. 

 

Sur le terrain, les témoignages accablants se multiplient des relais français de la francophonie universitaire déployés à travers le monde, notamment au Maghreb, en Afrique et au Moyen-Orient. De longue date, les difficultés se sont considérablement accrues pour les étudiants, doctorants et enseignants-chercheurs étrangers souhaitant venir en France pour soutenir une thèse, assister à un colloque ou effectuer un séjour d'études.

 

De multiples freins administratifs dirimants se dressent désormais sur leur route : rendez-vous de demandes de visas quasi-impossibles à obtenir, files d'attente interminables dans les consulats, tracasseries bureaucratiques récurrentes et, amer constat, une multiplication injustifiée des refus malgré des dossiers conformes. Une véritable machine à broyer l'espoir et la motivation pour les formations d'excellence françaises.

 

La nouvelle loi ajoute aussi une charge financière supplémentaire en rendant payants des services jusque-là gratuits, comme la prise de rendez-vous en ligne pour le dépôt d'un dossier de visa. Un coup dur financier de plus pour les candidats, souvent modestes, qui n'auront d'autre choix que d'alimenter la prolifération des réseaux parallèles de marchands de rendez-vous illégaux. Une situation ubuesque et dégradante à laquelle nombre d'entre eux finissent par renoncer, quitte à abandonner leur projet d'études ou de recherche en France.


« Cette loi dit aux Africains : 'Ne venez pas ici' »

 

Dès décembre 2023, ces nouvelles mesures restrictives ont soulevé une vague d'inquiétudes et de critiques de la part des acteurs du milieu universitaire. En durcissant les conditions d'arrivée et de séjour, ce texte imposerait de nouvelles restrictions jugées « discriminantes » par les syndicats étudiants et associations. 

 

Parmi les dispositions les plus contestées, une hausse des frais d'inscription est prévue pour les ressortissants étrangers, qui devront également s'acquitter d'une « caution de retour » à l'issue de leurs études. Des quotas seront en outre instaurés pour limiter les flux migratoires estudiantins.

 

« C'est une généralisation sans possibilité d'exonération de la majoration des droits », dénonçait dès décembre 2023 Salomé Hocquard, déléguée adjointe de l'Unef, le premier syndicat étudiant. Une décision vécue comme une « injustice » par Mohammed Lamine Diaby, cofondateur de la Fédération estudiantine pour l'Afrique et les Caraïbes, estimant que « la loi cible les Africains » au profit des étudiants américains et asiatiques.

 

Les nouveaux critères d'obtention du visa long séjour étudiant font aussi polémique. Outre la dématérialisation déjà complexe, le projet de loi exigerait désormais que le « caractère réel et sérieux » des études soit justifié chaque année, alors qu'une somme minimale de 7380 euros par an est déjà requise. « Cette loi dit aux Africains : 'Ne venez pas ici' », déplorait alors Uriel Asare, porte-parole d'une association d'aide aux étudiants étrangers.

 

Avec 400 000 étudiants internationaux en 2020, l'Hexagone était pourtant le 6e pays d'accueil mondial. Désormais, les instances universitaires redoutent un décrochage massif face à cette politique restrictive, menaçant le rayonnement français dans les régions francophones stratégiques.

 

 Sophie K.

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