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Tribunal d’Alger: développement kafkaïen dans le procès Chouicha, Loukil et Boudour


Tribunal d’Alger: développement kafkaïen dans le procès Chouicha, Loukil et Boudour
Les militants des droits humains Kaddour Chouicha et Jamila Loukil, le journaliste Saïd Boudour et l'activiste Yahia Makhiouba

Ce lundi, au tribunal criminel de Dar El Beida (Alger), une cacophonie procédurale a marqué le procès des militants des droits humains Kaddour Chouicha, Jamila Loukil et du journaliste Saïd Boudour.


Lors de l'audience, Yahia Makhiouba, un activiste du mouvement Rachad classé « organisation terroriste », lui-même répertorié sur la liste des personnes déclarées « terroristes » publiée au journal officiel, a fait une entrée inattendue, suscitant l'étonnement dans la salle d’audience. Ce ressortissant algérien résidant à l'étranger était revenu récemment en Algérie et avait été immédiatement incarcéré dans le cadre de cette affaire. Cependant, le tribunal a pris une décision surprenante en levant rapidement le mandat d'arrêt international à son encontre et en ordonnant sa libération immédiate. Il comparaîtra libre.


Pendant ce temps, les autres prévenus demeurent en détention préventive ou sous contrôle judiciaire depuis 31 mois. Cette décision saugrenue provoqua la réprobation du collectif de défense conduit par Maître Bouchachi, lequel déclara : « Même durant les années 1990, pareille mascarade ne s'était produite ».


Parmi les accusés, citons Saïd Boudour, Noureddine Bendella et Karim Mohamed Ilyas sous contrôle judiciaire. Quatre autres en détention provisoire, dont Yasser Rouibah, Mustapha Guira et Tahar Boutache. Au total, une trentaine de personnes sont impliquées dans cette affaire alambiquée.


Annoncé pour le 12 décembre, le Président de l'audience a finalement ajourné le procès pour le 3 décembre !

 

Alors que l'ouverture était initialement prévue ce lundi 6 novembre devant le tribunal criminel de Dar El Beida à Alger, le procès a une nouvelle fois été repoussé. Après deux années de procédure judiciaire ponctuées de multiples atermoiements, les accusés devront encore patienter avant de pouvoir s'expliquer à la barre. Ils sont poursuivis pour « enrôlement dans une organisation terroriste », une accusation qu'ils contestent fermement, invoquant le caractère invraisemblable de telles charges.

 

Annoncé dans un premier temps pour le 12 décembre, le procès  a finalement été ajourné au 3 décembre par le président de l'audience. La date du 12 décembre, qui correspond au 4ème anniversaire de l'élection présidentielle d'Abdelmadjid Tebboune, revêt une forte valeur symbolique. Son report semble donc un choix délibéré des autorités pour minimiser la portée politique de ce procès.

 

Aussi, ce nouvel ajournement pose clairement la question de l'indépendance de la justice algérienne et de sa capacité à garantir un procès équitable à ces militants pro-démocratie. Il illustre une nouvelle fois les ingérences du pouvoir politique dans le fonctionnement de l'appareil judiciaire. La crédibilité de la justice algérienne en sort une fois de plus écornée.


Soutenus par des organisations internationales de protection des droits de l'Homme, les accusés escomptaient ce procès pour démontrer «l’absurdité » des chefs d’accusation et dénoncer le harcèlement constant des autorités à leur encontre. Hélas, l’attente se prolonge avant qu’ils ne puissent arguer leur cause.


Ce délai supplémentaire laisse un goût amer à leurs défenseurs, déçus par ces lenteurs procédurales relevant d’une stratégie dilatoire. Certains redoutent même que ce sursis ne soit mis à profit par le pouvoir pour durcir les conditions imposées aux accusés dans cette affaire tortueuse.

 

Mary Lawlor appelle l'Algérie à abandonner les poursuites contre les militants

 

La rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la situation des défenseurs des droits de l'homme, Mary Lawlor, monte au créneau à la veille du procès des deux membres de la LADDH. Dans une déclaration publiée dimanche, Mme Lawlor « exhorte les autorités à abandonner les charges » pesant contre le militant Kaddour Chouicha et son épouse Jamila Loukil.

 

« Je réitère mes préoccupations quant au recours aux lois contre le terrorisme contre ces défenseurs », souligne Mary Lawlor dans son communiqué. « La dissolution arbitraire de la Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme (LADDH) en janvier dernier a porté un coup sévère aux libertés d’association, de réunion pacifique et d’expression en Algérie », rappelle-t-elle.


La rapporteuse onusienne a prévu de se rendre dans le pays du 26 novembre au 5 décembre. Ce soutien de poids souligne les enjeux internationaux autour de ce procès, scruté bien au-delà des frontières algériennes.


Sophie K.



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