141 000 hectares ravagés : la crise climatique que l’État refuse de voir

Les incendies qui ont ravagé l’Algérie en 2026 dessinent le portrait d’une année noire, marquée par une destruction d’une ampleur inédite depuis 2021. Avec plus de 141 000 hectares partis en fumée, le pays fait face à une catastrophe qui dépasse largement le cadre environnemental pour toucher l’économie rurale, la cohésion sociale et la confiance dans les institutions. Les chiffres officiels font état de 1 166 feux de forêt et 378 feux de maquis, un volume qui illustre la multiplication des foyers et la difficulté croissante à les contenir. Les pertes agricoles sont considérables : oliveraies, vergers, ruchers, élevages et infrastructures rurales ont été frappés de plein fouet, compromettant les revenus de milliers de familles pour plusieurs années.
Mais derrière ces chiffres se cache une crise plus profonde, où le dérèglement climatique rencontre l’inaction politique. Les vagues de chaleur extrême, la sécheresse prolongée et les vents violents ont créé des conditions propices à la propagation rapide des feux. Pourtant, ces phénomènes ne sont pas nouveaux : ils s’intensifient depuis des années, sans que l’État ne mette en place une stratégie nationale de prévention adaptée. Au lieu d’investir dans la modernisation des équipements, la restauration des pistes forestières ou la formation des unités locales, le pouvoir préfère détourner le débat en invoquant la théorie du complot. Les incendies seraient, selon lui, le fruit de “mains étrangères” ou d’“actes criminels coordonnés”, une rhétorique commode pour éviter d’aborder les failles structurelles du système.
Cette posture politique a un coût humain et moral. Les 12 morts "officiellement" recensés ne reflètent pas la réalité vécue dans les zones rurales, où les secours arrivent tard, où les victimes ne sont pas toujours comptabilisées, où les familles pleurent dans le silence. En refusant de reconnaître l’ampleur du drame, l’État prive les citoyens de leur droit à la vérité et à la protection. La communication officielle, souvent tardive et minimisée, renforce la fracture entre institutions et population, laissant les communautés rurales dans un sentiment d’abandon.
Les conséquences de cette fuite en avant dépassent la saison des feux. En négligeant la prévention et l’adaptation climatique, l’Algérie s’expose à des catastrophes répétées. Chaque été devient une menace, chaque sécheresse un risque de dévastation. Les pertes agricoles compromettent durablement l’économie rurale, tandis que la déforestation accélère l’érosion et la désertification. Les jeunes des zones touchées voient leur avenir se réduire à mesure que les terres se stérilisent et que les opportunités disparaissent. Le pays s’enfonce dans un cycle où la réaction remplace la planification, où la communication supplante la responsabilité.
En s’enfermant dans la théorie du complot, l’État renonce à affronter les causes structurelles et climatiques de la crise. Il renonce à protéger ses citoyens, à anticiper les risques, à préserver les ressources naturelles. Cette stratégie du déni fragilise l’avenir du pays : un État qui ne prévient pas, qui ne protège pas, qui ne reconnaît pas ses propres faiblesses, se condamne à revivre les mêmes drames. Les incendies de 2026 ne sont pas une fatalité climatique ; ils sont le symptôme d’un système qui préfère accuser plutôt qu’agir, expliquer plutôt que prévenir. Et tant que cette logique perdurera, ce sont les citoyens, leurs droits et l’avenir de l’Algérie qui continueront de brûler les premiers.
Yacine M



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