Affaire Epstein : près de trois mois après sa mort, Daniel Siad toujours sans sépulture

Près de trois mois après son décès, l’ancien chasseur de mannequin, Amar Daniel Siad, n’est toujours pas enterré. Sa dépouille est toujours gelée dans la morgue d’un centre médico-légal de la région parisienne en attendant la fin de l’enquête judiciaire sur les circonstances de sa mort.
En pleine chaleur estivale, les médias français et algériens ont découvert, au matin du 20 juillet 2026, une information peu anodine. Daniel Amar Siad, 68 ans, a été retrouvé mort dans sa maison de Colombes, dans la région parisienne. Tout de suite, cette mort devient suspecte. L’ancien photographe de mode, né en Algérie avant de devenir suédois et Français, s’apprêtait à affronter la justice pour des accusations de viols. Au moins 5 femmes l’avaient en effet accusé d’agression sexuelle dans les années 1990 et 2000. De plus, son nom était cité près de 2000 fois dans les mails liés au dossier de Jeffrey Epstein, l’homme d’affaires américain accusé d’avoir organisé des viols collectifs de mineurs dans ses résidences aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde.
La mort de Daniel Siad a commencé à susciter des interrogations surtout qu’avant lui, le promoteur de ce scandale a impliqué des hommes d'États, des hommes d’affaires, des acteurs… Jeffrey Epstein s’était suicidé dans sa cellule de prison aux Etats-Unis en 2020 et Jean-Luc Brunel, un patron français d’une agence de mannequinat, un des rabatteurs de l’Américain, a été retrouvé mort dans sa cellule en avril 2022, quelques mois après son arrestation dans le même dossier. Alors, des interrogations ont commencé à fuser sur les circonstances de la mort du natif de Azazga. Même son avocate, Ménya Arab-Tigrine, s'est dit surprise par l’annonce de la mort de son client. « La dernière fois que je l'ai vu, il était en forme. C'était il y a environ un mois », souligne-t-elle à des médias français écartant toutes idées suicidaires de la part de Daniel Siad. « Je l'avais régulièrement en ligne, il n'a jamais été question d'idées noires. Ce qui comptait pour lui, c'était, quel que soit le temps que ça mettrait, d'être innocenté par la justice française », abonde Me Ménya Arab-Tigrine.
Étonnement, l’autopsie effectuée par les services de la médecine légale n’a rien donné de probant quant aux raisons du décès de l’ancien chasseur de mannequin. « Les causes scientifiques après l'autopsie ne sont pas encore déterminées », a indiqué son avocate début août. L'autopsie n'a pas révélé de « traces de violences récentes pouvant être en lien avec le décès », mais a constaté « un état de santé altéré » et « des traces d'un infarctus ancien pouvant exposer à un risque de mort subite », avait indiqué le parquet de Nanterre qui ajoutait que l’enquête « se poursuivait ». On en est restés là.
En attendant, la famille du défunt, sa femme et sa fille, ainsi que sa sœur (seule parente vivant en Algérie) ne peut pas récupérer le corps, gelé dans la morgue d’un centre médico-légal. La raison est que selon le droit français, lorsqu'un défunt fait l'objet d'une enquête judiciaire, la disposition du corps relève de l'autorité judiciaire. En principe, le corps doit être restitué à la famille dans le mois suivant l'autopsie, mais la loi permet de prolonger indéfiniment « si la conservation du corps demeure nécessaire à la manifestation de la vérité ». C’est ce qui explique la congélation du corps. « Sa famille souhaite récupérer son corps, lui offrir des funérailles, accomplir son deuil. Ce n'est pas une exigence juridique excessive, c'est le droit le plus ancien de l'humanité. Permettre à une femme d'ensevelir son mari. Permettre à une famille de pleurer devant une tombe plutôt que devant un hiver vide », s’est indigné Boualem Afir, un activiste qui dit ne pas comprendre que Daniel Siad soit la seule personnalité citée dans l’affaire Epstein à ne pas avoir droit à une sépulture. Au sein des autorités françaises, tout comme chez son avocate, c’est le silence radio. Aucune communication sur le sujet n’existe depuis début août. Pas plus d’ailleurs de la part des autorités algériennes qui auraient tenté de le récupérer quelques semaines avant sa mort.
Essaïd Wakli



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