Ahmed Attaf fixe à New York les conditions d'Alger sur le Sahara occidental

Devant la 81e Assemblée générale des Nations unies, Ahmed Attaf a salué les négociations directes ouvertes cette année entre le Maroc et le Front Polisario, en les adossant strictement à la doctrine onusienne de décolonisation. Le chef de la diplomatie algérienne a aussi réclamé une refonte en profondeur du Conseil de sécurité et dressé un constat sévère d'un ordre international où la force reprend le pas sur la négociation.
« Nous nous réunissons aujourd'hui alors que le monde se tient à la croisée des chemins, que la confiance entre les États recule, que les mesures coercitives imposées de manière unilatérale se multiplient et que la logique de la force revient s'imposer, abolissant les vertus du dialogue et ignorant les bienfaits de l'entente et du consensus », a déclaré Ahmed Attaf, ministre d'État, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l'étranger et des Affaires africaines, lors du débat général de la 81e session de l'Assemblée générale à New York. Mandaté par le président Abdelmadjid Tebboune, il s'exprimait dans une session placée sous le thème de la restauration de la confiance.
Pour Alger, la réforme du système onusien « n'est plus un luxe institutionnel ni une option que l'on peut reporter indéfiniment ». Elle relève désormais de la nécessité, imposée par les bouleversements du monde et par le besoin d'un ordre international plus juste et plus représentatif. L'Algérie demande un renforcement des prérogatives de l'Assemblée générale et une réforme profonde du Conseil de sécurité, qui mettrait fin à la sélectivité et au deux poids, deux mesures dans l'application du droit international. Le ministre a réaffirmé l'attachement de son pays à la position africaine commune, selon laquelle la réparation de l'injustice historique subie par le continent passe par une représentation permanente au Conseil, assortie de la plénitude des prérogatives.
Sur le plan régional, l'Algérie a renouvelé sa condamnation des atteintes à la souveraineté des États de la région et à l'inviolabilité de leur territoire, en appelant à la désescalade et au respect du droit international. Attaf a dénoncé la poursuite des attaques israéliennes contre les pays voisins, la Syrie et le Liban en tête, ainsi que les visées israéliennes de partition de la Somalie. En Palestine, a-t-il relevé, la tragédie humanitaire se poursuit et l'occupation continue de faucher des vies civiles, dont un grand nombre d'enfants et de femmes, dans une scène qui ne devrait pas devenir un élément ordinaire du paysage mondial. Alger a réitéré son soutien plein et inconditionnel aux droits inaliénables du peuple palestinien, au premier rang desquels la création d'un État indépendant et pleinement souverain, avec El-Qods pour capitale.
Le Sahara occidental a occupé une place centrale dans l'intervention. L'Algérie y a réaffirmé le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination, au nom d'une conviction constante qui veut que les questions de décolonisation ne se tranchent pas par le fait accompli mais par l'exercice des droits consacrés par la légalité internationale. Le ministre a salué la tenue, en début d'année, de négociations directes entre le Royaume du Maroc et le Front Polisario sous l'égide des Nations unies, avec le concours des États-Unis. Ces rounds se sont déroulés en février, à l'ambassade américaine de Madrid puis à Washington, en présence de l'Algérie et de la Mauritanie.
Ce soutien s'accompagne de trois préalables. Le premier tient à l'engagement des deux parties, de bonne foi, dans la recherche d'une solution politique juste et durable, acceptable par chacune d'elles, sans sortir du cadre de référence onusien ni de la doctrine de l'organisation en matière de décolonisation. Le deuxième prend la forme d'une mise en garde contre toute tentative de contourner ce cadre ou de marginaliser les détenteurs du droit, le peuple sahraoui et le Front Polisario, présenté par Alger comme son représentant légitime et unique. Le troisième rappelle que l'Algérie accueille sur son sol des réfugiés sahraouis depuis plus d'un demi-siècle, conséquence de l'occupation de leur territoire, une situation qui appelle, selon Alger, l'achèvement du processus de décolonisation par une solution politique globale permettant aux Sahraouis d'exercer leur droit à l'autodétermination.
L'insistance sur la référence onusienne n'a rien d'anodin. Washington, qui copréside les pourparlers avec l'envoyé personnel du secrétaire général, Staffan de Mistura, pousse pour que le plan d'autonomie marocain serve de base aux discussions, en s'appuyant sur la résolution 2797 adoptée par le Conseil de sécurité fin octobre 2025. Le Front Polisario et Alger rejettent toute solution qui écarterait le principe d'autodétermination. Attaf n'a pas cité cette résolution, mais la ligne défendue à la tribune revient à rappeler que, pour l'Algérie, la négociation reste un exercice de décolonisation et non un aménagement de souveraineté.
Sur le continent, le ministre a estimé que l'Afrique place la communauté internationale devant l'épreuve de partenariats fondés sur la solidarité et le développement, plutôt que sur la seule gestion des crises et de leurs séquelles, sans attention suffisante à leurs causes profondes. Au Sahel, Alger dit voir un espace unique où se croisent les enjeux de sécurité et de développement. Reprenant une formule du chef de l'État, Attaf a jugé que le terrorisme ne peut être traité sous un angle purement sécuritaire, sécurité et développement étant « les deux faces d'une même pièce ». L'Algérie propose d'appuyer la sécurité des pays de la région et d'accompagner leurs efforts de développement, en encourageant réconciliation et dialogue, dans le respect de leur souveraineté et de leur intégrité territoriale. Pour la Libye, elle plaide pour une solution politique pacifique et inclusive conduite par les Libyens eux-mêmes, la fin des ingérences étrangères étant présentée comme la condition d'une sortie de la division et de la construction d'un État unifié. Le ministre a enfin réaffirmé le soutien d'Alger aux autorités légitimes du Yémen et du Soudan.
Sur le plan intérieur, Attaf a décrit une Algérie qui entend peser sur les transformations du monde plutôt que les subir, et faire de ses ressources le levier d'une économie productive et diversifiée, avec le savoir comme moteur. Il a conclu en appelant à une régulation internationale équilibrée et responsable de l'intelligence artificielle, qui garantisse un accès équitable à ses bénéfices et préserve la souveraineté des États, afin que cette révolution demeure une chance partagée et non un privilège réservé à une minorité.
Khaled ROUABAH



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