Condamnation de Mohamed Fouad Ben Ghnissa : entre affaire judiciaire et malaise politique
- il y a 14 heures
- 2 min de lecture

La condamnation de Mohamed Fouad Ben Ghnissa à cinq ans de prison ferme par le tribunal de Chéraga marque un nouvel épisode dans la relation tendue entre les autorités algériennes et certains acteurs de la société civile. Ancien président du parti Salam et dirigeant de l’association Forum Sada El Chabab, Ben Ghnissa a été reconnu coupable de fraude, escroquerie, usurpation de qualité, exploitation de fonctions à des fins illégales et établissement de documents comportant des informations inexactes, notamment dans le cadre de l’octroi d’autorisations pour des structures d’accueil de la petite enfance. Le dossier, présenté comme strictement judiciaire, s’inscrit pourtant dans un contexte où les interventions publiques du prévenu ont souvent irrité le pouvoir.
Figure discrète mais active dans les milieux associatifs, Ben Ghnissa s’est fait remarquer ces dernières années par des prises de parole critiques sur la gestion des associations en Algérie. Il dénonçait régulièrement la centralisation excessive des décisions, la bureaucratie qui entrave les initiatives de jeunesse et le contrôle politique exercé sur les organisations de la société civile. Ce discours, tenu depuis l’intérieur du système associatif agréé, dérangeait d’autant plus qu’il mettait en lumière des dysfonctionnements rarement exposés publiquement. Ses déclarations sur la récupération politique de la jeunesse, qu’il accusait d’être instrumentalisée dans des campagnes officielles, ont également contribué à le placer dans une zone de friction avec les autorités.
En tant qu’ancien responsable du parti Salam, il avait aussi critiqué la fermeture du champ politique et l’absence de pluralisme médiatique, soulignant la difficulté pour les petites formations d’exister dans un paysage verrouillé. Bien que Salam ne soit pas un parti d’opposition majeur, ce type de positionnement, venant d’un acteur hybride mêlant engagement associatif et expérience politique, était perçu comme une remise en cause de l’architecture institutionnelle.
Ses interventions sur les structures de petite enfance, secteur sensible en raison des enjeux économiques et administratifs qu’il implique, ont accentué cette tension. En évoquant publiquement les irrégularités dans les autorisations, les abus dans la gestion des crèches privées et le manque de transparence des contrôles, Ben Ghnissa touchait à un domaine où les autorités préfèrent généralement éviter l’exposition médiatique.
La condamnation intervient donc dans un climat où ses critiques, bien que formulées dans un registre technique ou associatif, étaient interprétées comme un discours potentiellement déstabilisant. Si le jugement repose sur des accusations précises et documentées, il n’en demeure pas moins que l’affaire soulève des interrogations sur la frontière entre gestion administrative, expression publique et régulation politique de la société civile. À ce stade, aucune information n’a filtré sur une éventuelle décision d’appel, tandis que ses soutiens dénoncent une sanction disproportionnée et y voient une réponse à ses prises de position publiques.
Yacine M