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La fin de la doctrine de non‑ingérence : l’Algérie sanctuarise l’intervention militaire extérieure

  • il y a 9 heures
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Le 26 mars 2026, le Parlement algérien adoptait à l'unanimité, 542 voix pour, zéro contre, la loi nᵒ 26-04 portant révision constitutionnelle. Parmi les douze amendements techniques entérinés ce jour-là figure une disposition qui, présentée comme une simple consolidation rédactionnelle, n'en constitue pas moins l'un des virages les plus significatifs de la doctrine militaire algérienne depuis l'indépendance.  


L'article 91, alinéa 2, de la Constitution révisée dispose désormais que le président de la République «décide de l'envoi des unités de l'Armée Nationale Populaire à l'étranger après approbation à la majorité des deux tiers (2/3) de chaque chambre du Parlement». La formule n'est pas nouvelle dans son principe : elle figurait déjà dans la Constitution adoptée par référendum le 1ᵉʳ novembre 2020. Ce que la révision de mars 2026 accomplit, c'est d'en consolider la portée dans un texte fondamental revu à cinq ans de distance, dans un environnement régional profondément recomposé.  


Pour comprendre ce que représente cet article, il faut remonter à la longue tradition de retenue militaire algérienne. Pendant plusieurs décennies, la possibilité pour l'Armée Nationale Populaire d'intervenir hors des frontières induisait un bouleversement fondamental de la politique extérieure et de la politique de défense du pays. Le principe de non-ingérence, héritage des années Boumédiène, avait acquis une valeur quasi constitutive de l'identité diplomatique algérienne.  


Aucune disposition dans toutes les constitutions algériennes, de celle de 1964 à celle de 2016, n'interdisait formellement au chef de l'État l'envoi de troupes à l'étranger, mais l'absence de cadre juridique explicite avait fini par fonctionner comme une prohibition de fait. La Constitution de 2020 avait rompu avec cet implicite. Avec la révision constitutionnelle de 2020, l'armée s'est trouvée explicitement autorisée à participer à des théâtres d'opération à l'étranger, avec pour mission supplémentaire la défense des «intérêts vitaux et stratégiques du pays».  


La révision de 2026, présentée par le ministre de la Justice Lotfi Boudjemaâ comme une correction de « lacunes révélées par plus de cinq années de pratique institutionnelle », vient compléter la réforme constitutionnelle de 2020 en corrigeant certaines lacunes observées dans la pratique et en affinant les mécanismes juridiques. Elle sanctuarise le dispositif.  


La majorité des deux tiers requise dans chacune des deux chambres constitue, sur le papier, une contrainte substantielle. Certains analystes y voient une garantie démocratique : « C'est un point très important parce que la décision revient au peuple, à travers ses représentants », estimait en 2020 l'analyste politique Mokhtar Mediouni. La lecture est généreuse. Dans un Parlement où l'opposition organisée pèse peu, le juriste et historien Tahar Khalfoune estime que cette révision « dissimule un renforcement du césarisme présidentiel » et que « le pouvoir est entre les mains du président de la République et de l'armée ».  


La pression du contexte régional rend la question moins abstraite qu'il n'y paraît. Depuis 2021, le retrait des forces françaises du Mali, du Burkina Faso et du Niger a reconfiguré la carte sécuritaire du Sahel. L'Algérie paie encore le prix de son inaction militaire officielle dans ces deux zones, symbolisée par l'attaque du complexe gazier d'In Amenas en janvier 2013, planifiée au Mali et exécutée à partir de la Libye, qui fit 67 morts et paralysa ce site stratégique pendant plus d'un an.  


La Constitution prévoit que l'Algérie peut, dans le cadre du respect des principes et objectifs des Nations Unies, de l'Union Africaine et de la Ligue des États Arabes, participer au maintien de la paix. Le cadre est délimité, mais il est suffisamment large pour couvrir des scénarios variés, du déploiement sous mandat onusien aux accords bilatéraux avec des États voisins.  


Amine B.  

 
 
 
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