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Le parquet espagnol refuse l’extradition de Ayoub Aissiou

il y a 3 heures
2 min de lecture

L’homme d’affaires algérien Ayoub Aissiou peut enfin apercevoir le bout du tunnel : le parquet espagnol a demandé, par réquisitoire datant du 2 octobre dernier, au juge d’instruction de rejeter son extradition vers l’Algérie. Pour cela, le procureur du Roi s’est appuyé sur les documents reçus de la justice algérienne. Selon des sources concordantes, la justice espagnole a estimé que l’accusation de blanchiment d’argent et celle d’escroquerie « sont légères » et pas suffisamment « étayées ». « Il ne faut pas répondre favorablement à la demande algérienne, les faits étant prescrits », a ainsi recommandé le parquet au juge de l’Audience nationale, la Cour suprême espagnole qui se prononcera définitivement sur le dossier dans les prochains jours.


Après l’avoir condamné en Algérie à 20 ans de prison pour notamment « escroquerie » et « blanchiment d’argent », le parquet d’Alger a émis contre Ayoub Aissiou un mandat d’arrêt international doublé d’une demande d’extradition, accompagnée d’un dossier de fond bien ficelé de « faux, usage de faux » et de « blanchiment d’argent ». Cinq jours seulement après la visite à Alger du président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez à Alger, l’homme d’affaires a été arrêté le 25 juillet dernier à l’aéroport de Barcelone. Il a été libéré 40 jours plus tard, mais mis sous contrôle judiciaire. Entre-temps, des personnalités françaises, dont l’ancien premier ministre Manuel Valls, ont signé des pétitions pour exiger sa libération. A Alger, les médias se sont déchaînés contre l’homme d’affaires, le traitant notamment de trafiquant de drogue.


A la tête d’un conglomérat comprenant des entreprises activant dans le domaine des médias, de l’industrie agro-alimentaire et dans la promotion immobilière, Ayoub Aissiou fait partie de ce que le chef de l'État actuel qualifié de « issaba », ces hommes d’affaires qui tournaient dans la galaxie du pouvoir de Abdelaziz Bouteflika. Sa chaîne de télévision Algeria One, dans laquelle ont travaillé des conseillers actuels du chef de l’Etat, a été fermée en 2021. En fuite à l’étranger et vivant entre la France, le Maroc et la Suisse, Aissiou et ses proches sont poursuivis par la justice algérienne.


Son beau-père, Bachir Ould-Zemirli, homme d’affaires, dirigeant de football et ancien sénateur du RND, est en détention. Le jeune entrepreneur, sa femme et ses frères sont en fuite. Ils ont été condamnés à de lourdes peines de prison.


En demandant son extradition, le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, voulait sans doute présenter Ayoub Aissiou comme un trophée de guerre, un fruit de la « la lutte contre la fuite de l’argent des Algériens ».


Lui qui n’a pu recueillir que de maigres moissons de cette campagne visant à récupérer « l’argent détourné », doit désormais se rendre à l’évidence : sauf retournement de situation, il n’aura pas son trophée. Du moins pas cette fois-ci.


Essaïd Wakli

 

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