Loi de Finances 2027 : pour Jil Jadid, la croissance ne suffit pas à équilibrer les comptes

Le vice-président du parti, Zoheir Rouis, relève que l'État prévoit de dépenser 1,93 dinar pour chaque dinar encaissé et appelle à passer d'une logique de moyens à une logique de résultats.
Les 4,2 % de croissance réelle affichés par le projet de loi de finances 2027 ne suffisent pas à rassurer Zoheir Rouis, vice-président de Jil Jadid. Le chiffre est positif, concède-t-il, mais il invite à regarder « la structure de l'économie et surtout celle des finances publiques ».
Or celle-ci pose problème. Le texte prévoit 9 251 milliards de dinars de recettes pour 17 883 milliards de dépenses. Pour chaque dinar encaissé, l'État compte donc en dépenser 1,93, soit un écart de plus de 8 600 milliards de dinars. M. Rouis se garde de tout catastrophisme : ce chiffre ne conduit pas « mécaniquement » à une crise, et rien n'indique que l'écart sera financé d'une seule manière. Il soulève néanmoins, dit-il, une question fondamentale : celle de la soutenabilité d'un modèle où la dépense reste très supérieure aux recettes.
Le dirigeant de Jil Jadid s'attarde sur la progression des recettes fiscales, qui passeraient de 4 327 milliards de dinars en 2026 à 5 282 milliards en 2027, soit 22 % de plus, pour une croissance réelle de 4,2 %. Interpréter cette hausse comme un gain équivalent de richesse serait « trompeur », avertit-il. Les recettes en valeur peuvent progresser sous l'effet des prix, de l'élargissement des bases taxables, d'un meilleur recouvrement ou de mesures fiscales, et pas seulement de l'activité. « La valeur nominale progresse plus vite que les volumes », résume-t-il.
Le projet prévoit une légère baisse de la fiscalité pétrolière, à 2 652 milliards de dinars, tandis que les recettes hors hydrocarbures atteignent 6 599 milliards. M. Rouis y voit « un signal intéressant », mais refuse la confusion : diversifier les recettes de l'État ne revient pas à diversifier l'économie. La vraie diversification se mesure, selon lui, à la capacité du pays à produire davantage de valeur hors hydrocarbures, à investir, à gagner en productivité, à exporter et à créer des emplois productifs. Le défi est de transformer la croissance en capacité productive durable, plutôt qu'en recettes supplémentaires destinées surtout à financer une dépense publique élevée.
Un déficit n'est pas condamnable en soi, rappelle-t-il, lorsqu'il finance des investissements qui produiront demain richesse, productivité et recettes. Le danger naît quand les déficits s'installent sans que l'appareil productif progresse en parallèle. Il met alors en garde contre un risque à surveiller : si les besoins de financement de l'État restent importants et reposent de plus en plus sur la création monétaire, la pression pourrait se reporter sur l'inflation et, indirectement, sur le taux de change et le pouvoir d'achat. Le mécanisme n'a rien d'automatique, précise-t-il, car tout dépend du mode de financement, de la politique monétaire et de la liquidité disponible. Mais il justifie « une vigilance particulière », car une hausse nominale des revenus n'est pas une hausse du pouvoir d'achat : ce qui compte, c'est le revenu réel des ménages une fois les prix pris en compte.
Pour une économie encore exposée aux hydrocarbures et aux importations, les réserves de change restent par ailleurs un amortisseur essentiel face à une baisse des recettes extérieures ou à une dégradation de la balance des paiements. M. Rouis ne prédit aucune crise imminente. Il demande où se situent les marges de manœuvre, et avec quelles ressources l'État financera durablement son niveau de dépenses si la conjoncture extérieure se détériore.
Avec près de 17 900 milliards de dinars de crédits de paiement, l'État demeure l'acteur central de l'économie. La question n'est donc plus seulement de savoir combien il dépense, mais « que produit chaque dinar dépensé » : combien d'emplois productifs, combien d'investissement privé déclenché, quels gains de productivité, quels services publics réellement améliorés. M. Rouis rappelle que le ministère des Finances affirme vouloir, pour 2027, lier davantage les crédits aux résultats et privilégier les projets dont la pertinence économique et sociale est démontrée.
Au fond, estime le vice-président de Jil Jadid, le PLF 2027 ne soulève pas qu'une question de recettes et de dépenses, mais une question de modèle économique et de gouvernance. « La croissance est nécessaire. Elle ne suffit plus », tranche-t-il. Il plaide pour une économie où l'investissement privé, la productivité, l'exportation et l'emploi productif prennent progressivement le relais d'un État qui reste aujourd'hui le principal moteur de la demande. Sa formule de conclusion : « La croissance mesure ce que l'économie produit. La gouvernance mesure ce que l'État fait de cette richesse. »
Amine B.



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