Murcie : un débarquement de harragas algériens relance les soupçons de complicités en Algérie

Samedi matin, une cinquantaine de personnes — majoritairement des Algériens — ont atteint une plage de Murcie à bord d’un bateau Phantom, ces embarcations rapides devenues la signature des réseaux de passeurs opérant depuis l’ouest algérien. Un hélicoptère de la Guardia Civil survolait la zone tandis que les migrants progressaient dans l’eau, une scène qui a été relayée par plusieurs médias locaux, dont Comarcal TV.
Une cinquantaine de harragas algériens ont débarqué ce week‑end sur une plage de Murcie à bord d’un bateau Phantom, une embarcation rapide typique des réseaux de passeurs opérant depuis l’ouest algérien. La scène, filmée par les médias locaux, intervient alors que les statistiques du Ministère de l’Intérieur et de Frontex montrent une forte hausse des arrivées irrégulières en provenance d’Algérie en 2026. Ce nouvel épisode relance les soupçons de complicités locales dans les zones de départ algériennes, où les Phantom semblent bénéficier d’un étonnant laisser‑faire malgré des profits dépassant le demi‑million d’euros par traversée.
Un trafic ultra‑rentable : jusqu’à 500 000 euros par traversée
Les enquêtes menées par la presse espagnole (La Verdad, Información, El País) et les données recueillies par la Guardia Civil montrent que le prix d’une place sur un Phantom atteint 1,5 million de dinars algériens (environ 10 000 euros).
Avec une cinquantaine de passagers, une seule traversée rapporte donc près d’un demi‑million d’euros. Les réseaux les plus actifs effectuent jusqu’à deux rotations par jour, ce qui permet à un propriétaire de bateau de générer plus d’un million d’euros en 24 heures.
Selon plusieurs sources policières espagnoles, un tel niveau de profit ne peut exister sans protections locales en Algérie : zones de départ sécurisées, absence d’interception, et tolérance de certains services chargés de surveiller le littoral.
Les chiffres officiels confirment une hausse massive des arrivées algériennes
Les statistiques publiées par le Ministère de l’Intérieur espagnol dans son rapport intitulé : « Immigration irrégulière. Données cumulées 2026 », indiquent une hausse de +44 % d’arrivées irrégulières en Espagne sur les cinq premiers mois de 2026 par rapport à 2025. Sur la façade méditerranéenne (Murcie, Almería, Alicante), les arrivées en provenance d’Algérie ont plus que doublé.
Les données de Frontex (rapports trimestriels Western Mediterranean Route, Q1–Q2 2026) confirment que les Algériens représentent 35 à 40 % des arrivées par mer dans le sud de l’Espagne. Plus de 300 départs de bateaux rapides depuis l’Algérie recensés depuis janvier 2026 et une augmentation notable des embarcations Phantom, capables de traverser en moins de deux heures.
Des complicités évoquées dans plusieurs enquêtes espagnoles
Les unités de la Guardia Civil de Murcie et d’Almería ont publié plusieurs communiqués en mai–juin 2026 signalant : des débarquements de 40 à 70 personnes en une seule rotation ; des départs coordonnés depuis des zones du littoral algérien connues pour être surveillées ; des Phantom équipés de moteurs de 300 à 400 chevaux, similaires à ceux utilisés dans les trafics de stupéfiants.
Des journalistes espagnols spécialisés dans les flux migratoires ont également rapporté que des membres de familles de hauts gradés algériens auraient utilisé ou protégé certains réseaux, un élément qui circule dans les milieux de la Guardia Civil.
Une route migratoire en pleine mutation
Alors que les Canaries restent la principale porte d’entrée des migrants subsahariens, la route algérienne vers Murcie, Almería et Alicante est devenue la voie la plus rapide et la plus rentable pour les réseaux criminels.
Les autorités espagnoles redoutent désormais une professionnalisation accrue des départs depuis l’Algérie ; une augmentation du nombre de mineurs dans les traversées et une extension du trafic vers la Catalogne et les Baléares.
Nadia B



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