Quand l’arbitraire universitaire fabrique un candidat : le cas Samir Larabi
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Législatives du 2 juillet : Exclu de l’université en janvier après trente mois de bras de fer avec son rectorat, le sociologue annonce sa candidature sous bannière indépendante et réclame 1 350 parrainages pour valider sa liste ASAFU.
Le 8 juin 2023, Samir Larabi déposait sa thèse de doctorat en sociologie sur la plateforme numérique Progres de l’Université Abderrahmane-Mira de Béjaïa. Cinq ans de travail sur le mouvement berbériste en Kabylie, trois validations successives du conseil scientifique de la faculté des sciences humaines et sociales, un jury officiellement désigné. En mai 2025, le Conseil scientifique de l’université statua que sa thèse « ne saurait faire l’objet d’une soutenance », invoquant un sujet « sensible » et un contenu supposément contraire à l’article 9 de la Constitution. En janvier 2026, l’exclusion définitive était prononcée.
Quatre mois plus tard, le même homme annonce sa candidature aux élections législatives du 2 juillet 2026, dans la même wilaya, sous l’étiquette d’une liste indépendante baptisée ASAFU.
Le parcours de Larabi n’est pas celui d’un militant de circonstance. Chercheur rattaché au département des sciences sociales de l’Université de Béjaïa, il a publié six articles académiques et totalise 17 citations dans la littérature spécialisée, avec des travaux portant sur la sociologie politique, la participation politique et l’exclusion sociale. Sa bibliographie couvre les mouvements syndicaux, islamistes et régionalistes, qu’il analyse comme des forces structurellement neutralisées par « la capacité jamais démentie du pouvoir à coopter ou réprimer toute force sociale représentant une menace potentielle pour son hégémonie ». En 2015, il publiait une contribution sur le Printemps noir de 2001 dans un ouvrage collectif consacré aux dynamiques protestataires dans le monde arabe, à l’Université Mohammed V de Rabat. Le sujet de sa thèse bloquée prolongeait cette trajectoire intellectuelle : « Mouvement berbériste en Kabylie : entre demande d’intégration et velléités indépendantistes ».
Ce que ses détracteurs administratifs ont présenté comme un danger pour l’unité nationale, ses défenseurs l’ont décrit comme exactement l’inverse. Le sociologue Nacer Djabi a pris publiquement sa défense, soulignant que Larabi était « connu pour être un fervent opposant aux idées séparatistes du MAK », en défendant des « positions rationnelles claires qui affirment l’identité nationale unifiée des Algériens ». Djabi allait plus loin, estimant que bloquer ce chercheur « distingué par ses positions courageuses » revenait à le pousser vers le courant qu’on prétendait combattre. C’est sur ce dossier que l’affaire a rapidement débordé les couloirs de l’université.
En janvier 2026, le sénateur de Béjaïa Mehenni Haddadou, élu du Front des forces socialistes (FFS), interpellait formellement le président du Sénat et le gouvernement algérien, rappelant que la thèse avait été validée par l’encadrant, approuvée par le conseil scientifique de la faculté et qu’un jury avait été officiellement désigné. Une pétition réunissant des universitaires algériens et étrangers, dont le professeur Lahouari Addi (Lyon) et la chercheuse Naoual Belakhdar (Université libre de Berlin), exigeait la levée du blocage. Le Conseil universitaire du RCD, dans un communiqué du 28 janvier 2026, qualifiait la décision d’« injustifiée » et affirmait que l’affaire Larabi « dépasse le cas individuel » pour révéler « un système où l’arbitraire administratif peut briser des parcours scientifiques ». Exclu malgré tout, Larabi a choisi une autre tribune.
Le nom de sa liste dit quelque chose sur la posture revendiquée. ASAFU signifie « solidarité » en tamazight, et l’adresse de sa déclaration de candidature vise explicitement les « militants syndicaux », les « acteurs du mouvement social» et les « compagnons de route », registre de gauche non partisane qui tranche avec le répertoire ordinaire des candidatures béjaouies. La contrainte reste d’abord arithmétique : sans infrastructure partisane, dans une wilaya marquée par une abstention structurelle depuis 2021, réunir les 1 350 parrainages d’électeurs inscrits qu’exige la loi électorale suppose une organisation territoriale à construire en quelques semaines.
Interrogé sur sa thèse bloquée, il affirmait disposer de « preuves » et mettait au défi les responsables universitaires de saisir la justice si ses accusations étaient jugées diffamatoires. La même logique de confrontation assumée semble présider à sa candidature. L’université l’a exclu. Il se présente dans la même circonscription où siège le sénateur qui avait plaidé sa cause.
Amine B.



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