1 317 morts en cinq mois : le vrai bilan des naufrages vers l'Espagne
- il y a 2 heures
- 3 min de lecture

La route algérienne, qui relie des ports comme Oran, Boumerdès ou Tipasa aux Baléares, a franchi pour la première fois la barre des 507 morts, en hausse de 54 % sur un an.
Depuis le 1er janvier 2026, au moins 1 317 personnes sont mortes ou ont disparu en tentant de rallier l'Espagne par mer, selon le dernier bilan de l'ONG Caminando Fronteras. Ce chiffre, arrêté fin mai, contraste avec un décompte publié ce lundi 24 août sur les réseaux sociaux par Francisco Clemente Martin, qui évoque 140 morts sur 25 pateras naufragées depuis le début de l'année. L'auteur précise lui-même la portée limitée de son travail : sa liste ne retient que les victimes de nationalité algérienne identifiées, et le total « s'envole », selon ses propres mots, dès qu'on y ajoute les autres nationalités.
Caminando Fronteras suit ces routes migratoires depuis 2015. Son bilan des cinq premiers mois de 2026 recense 142 femmes et 129 mineurs parmi les victimes. Vingt-sept embarcations ont disparu avec tous leurs passagers, sans aucun survivant pour témoigner. La route atlantique vers les Canaries reste la plus meurtrière, avec 635 morts. Les arrivées y ont pourtant chuté de 72 % par rapport à 2025. L'organisation explique ce paradoxe par une létalité en forte hausse : sur cent personnes arrivées vivantes en 2025, quatorze mouraient en route ; elles sont vingt et une cette année.
La route algérienne, qui relie des ports comme Oran, Boumerdès ou Tipasa aux Baléares, a franchi pour la première fois la barre des 507 morts, en hausse de 54 % sur un an. Le détroit de Gibraltar a vu son bilan doubler, de 52 à 99 victimes. Quarante-huit personnes sont mortes en tentant de franchir la frontière de Ceuta, à pied ou à la nage le long des brise-lames.
Ces chiffres s'arrêtent fin mai. L'été a ajouté son lot de drames. Le 30 juillet, plusieurs dizaines de milliers de personnes se sont massées à la frontière entre le Maroc et Ceuta. Caminando Fronteras a fini par recenser 145 morts dans cette seule crise, dont 78 corps récupérés en territoire espagnol et 67 dans les morgues marocaines. Début août, deux naufrages distincts ont endeuillé les Baléares la même semaine. Dix-sept personnes sont mortes après quinze jours à la dérive au sud de Majorque, où seuls deux survivants ont pu être secourus, dénutris et déshydratés. Au sud de Cabrera, un autre naufrage a fait au moins deux morts et une dizaine de disparus. Quelques jours plus tard, l'ONG Alarm Phone signalait la disparition de 28 personnes parties de Boumerdès, avec seulement quatre rescapés, puis une nouvelle alerte pour une embarcation de 26 personnes.
L'écart entre le décompte citoyen et les données des ONG ne tient pas à une erreur de calcul. Il tient à la nature même de ces naufrages, qui se produisent souvent en haute mer, loin de tout témoin, et dont les victimes ne remontent parfois jamais à la surface. L'Organisation internationale pour les migrations le rappelle : ses propres statistiques, fondées sur les corps retrouvés et les témoignages recueillis, restent une estimation basse. Sur la même période, l'agence onusienne relève une hausse des décès en Méditerranée centrale et orientale, alors même que les traversées y reculent, un mouvement proche de celui observé sur la route atlantique espagnole.
Le ministère de l'Intérieur espagnol publie les chiffres d'arrivées et d'interceptions, mais aucun bilan mortel consolidé. Cette absence de comptage officiel laisse le terrain aux ONG et aux initiatives individuelles, avec des méthodes et des résultats qui peuvent diverger fortement. Au sud de Majorque, le dispositif de recherche reste actif après le naufrage du 4 août. La Guardia Civil et Salvamento Marítimo continuent de ratisser la zone, à la recherche de corps que la mer n'a pas encore rendus.
Amine B.



Commentaires