Affaire Nadia Moussaoui : deux ans de prison requis contre l'enseignante de tamazight

C'est une affaire qui suscite une vive émotion en Algérie. Nadia Moussaoui, connue sur les réseaux sous le nom « Tamazight Moussaoui », enseignante de langue amazighe au lycée Aliane Hmimi de Chorfa (wilaya de Bouira), a été placée sous mandat de dépôt par le juge d'instruction près le tribunal de M'Chedallah.
Au fil des années, Nadia Moussaoui s'est fait connaître bien au-delà de son établissement en devenant l'une des influenceuses les plus actives en langue kabyle. Elle avait notamment lancé une chaîne YouTube gratuite pour donner des cours de tamazight, avec l'objectif, comme elle l'expliquait elle-même, de vulgariser et de promouvoir la langue auprès des berbérophones comme des arabophones, estimant que l'école ne remplissait pas suffisamment cette mission.
Mercredi 9 septembre, elle a été placée sous mandat de dépôt par le juge d'instruction près le tribunal de M'Chedallah, à la suite d'une publication diffusée sur Facebook. Selon les informations communiquées par sa défense, la publication concernait son opinion personnelle à propos du vote lors du scrutin législatif du 2 juillet. La justice a retenu contre elle le chef d'accusation d'obstruction à une opération électorale.
Lors de son procès tenu mercredi 16 septembre au tribunal de M'Chedallah, le parquet a requis deux années d'emprisonnement ferme à son encontre. La prévenue a été maintenue en détention provisoire jusqu'au prononcé du jugement, fixé au 22 septembre. Une personne poursuivie reste présumée innocente tant qu'une décision définitive de culpabilité n'a pas été rendue, et la question de la détention provisoire est centrale dans ce dossier.
Dans la région de Chorfa et parmi la communauté d'internautes qui la suit, la sidération est grande. La quadragénaire est habituée à proposer des contenus sociaux et éducatifs, et à faire parfois la promotion de commerçants et artisans locaux. C'est ce profil qui explique la mobilisation autour d'elle.
Le député de Tizi-Ouzou Yassine Aissiouane a demandé sa libération immédiate en écrivant que la liberté d'expression est un droit fondamental et que l'opinion ne doit pas devenir un crime. Son avocate, Nabila Smaïl, a estimé que la liberté d'expression ne pouvait pas être un crime.
L'ONG Riposte Internationale a également dénoncé cette arrestation, demandé sa libération et rappelé que l'expression d'une opinion politique, qu'elle consiste à appeler à voter ou à ne pas voter, relève de la discussion politique dans une société pluraliste et ne doit pas être criminalisée simplement parce qu'elle dérange.
Essaïd Wakli



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