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Algérie- France : la liberté de la presse, variable d'ajustement diplomatique

  • cfda47
  • il y a 46 minutes
  • 2 min de lecture

Tandis que Paris et Alger affichent leur volonté de renouer le dialogue, le sort du journaliste français détenu en Algérie reste suspendu aux calculs géopolitiques. Les déclarations de l'ambassadeur Stéphane Romatet à RFI révèlent une hiérarchie des priorités où les droits fondamentaux peinent à trouver leur place.  


Un signal, un contre-signal.” C'est ainsi que l'ambassadeur de France en Algérie résume la situation des ressortissants français détenus par Alger. Boualem Sansal libéré le 12 novembre, Christophe Gleizes toujours derrière les barreaux. Dans cette arithmétique diplomatique, les individus deviennent des monnaies d'échange, leurs libertés conditionnées aux avancées ou aux blocages entre chancelleries.  


Stéphane Romatet a confirmé sur RFI la reprise des contacts entre Paris et Alger après trois mois de discussions discrètes. Une normalisation qui se dessine, mais dont les contours inquiètent. Car si la libération de l'écrivain franco-algérien a été saluée comme un geste d'apaisement, le maintien en détention du journaliste Christophe Gleizes illustre une réalité plus sombre : le sort des personnes incarcérées dépend moins du droit que des rapports de force entre États.  


Cette instrumentalisation des détenus n'est pas nouvelle dans les relations franco-algériennes, mais elle prend aujourd'hui une dimension particulièrement préoccupante. L'ambassadeur lui-même admet que la détention de Gleizes constitue un obstacle au rapprochement, reconnaissant implicitement que la libération de journalistes fait désormais partie des marchandages diplomatiques. Une logique qui réduit les défenseurs de l'information à de simples leviers de négociation.  


Parallèlement, l'adoption par Alger d'une législation criminalisant le colonialisme français soulève d'autres interrogations. Si le travail de mémoire sur les crimes coloniaux demeure légitime, ce texte pourrait servir de base juridique à de nouvelles poursuites contre des voix critiques, journalistes ou intellectuels. L'ambassadeur français qualifie cette loi de “forme d'hostilité”.  


Au cœur des discussions entre Alger et Paris figurent désormais les questions sécuritaires et migratoires. La visite d'Anne-Marie Descôtes à Alger le 20 novembre, suivie d'une possible venue du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, confirme les priorités françaises : coopération antiterroriste au Sahel et reprise des reconduites de ressortissants algériens. Des enjeux qui, manifestement, priment sur le plaidoyer pour la libération des journalistes emprisonnés.  


L'ambassadeur Romatet appelle à éviter les déclarations  “stigmatisantes” envers le peuple algérien et à privilégier les canaux diplomatiques. Un appel à la retenue qui, s'il peut se comprendre sur le plan des relations internationales, ne saurait justifier le silence sur les atteintes aux libertés fondamentales. Car la diplomatie discrète a ses limites lorsque des journalistes croupissent en prison pour avoir exercé leur métier.  


Amine B.  


 
 
 

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