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Le CNDH, un organe officiel en décalage avec la réalité des droits humains en Algérie

  • il y a 40 minutes
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L’élection de Maya Sahli-Fadel à la présidence du Conseil national des Droits de l’Homme (CNDH), le 12 mars, intervient dans un contexte où la question des libertés fondamentales en Algérie est plus sensible que jamais. Bien que cette institution soit officiellement chargée de défendre les droits humains, sa dépendance structurelle à l’exécutif limite profondément sa crédibilité et son autonomie. Le fait que le ministre de la Justice et le président de la Cour suprême assistent à la désignation de sa nouvelle dirigeante illustre clairement cette subordination institutionnelle.


La nomination de Maya Sahli-Fadel à la présidence du Conseil national des Droits de l’Homme (CNDH) intervient dans un paysage institutionnel où la question des libertés publiques demeure profondément fragilisée. Alors que cette instance est censée incarner un contre‑pouvoir chargé de veiller au respect des droits fondamentaux, son rôle réel et son positionnement suscitent de vives interrogations. Dans un pays où les atteintes aux droits humains se multiplient et où l’expression critique est étroitement surveillée, l’existence même du CNDH semble davantage répondre à une logique de façade institutionnelle qu’à une volonté authentique de protection des citoyens.


Un contexte national marqué par une régression des libertés

L’installation de la nouvelle présidente survient alors que le pays traverse l’une des périodes les plus sombres en matière de droits humains. Les arrestations de militants pour leurs opinions, les restrictions imposées aux partis politiques, les poursuites judiciaires contre des syndicalistes et les condamnations pour de simples publications sur les réseaux sociaux témoignent d’un climat de répression généralisée. À cela s’ajoute une fermeture quasi totale de l’espace médiatique et politique.


Dans ce paysage, le CNDH ne se contente pas de rester silencieux : il sert de caution institutionnelle au pouvoir. Loin de dénoncer les violations, il contribue à légitimer la version officielle d’un pays où les libertés seraient respectées. L’attitude de l’ancien président du CNDH, Abdelmadjid Zaalani, en est une illustration frappante : face aux critiques internationales, il a défendu les autorités en affirmant que les Algériens jouissaient d’une liberté supérieure à celle des citoyens occidentaux.


Une institution déconnectée des réalités vécues par les citoyens

Les cas de militants empêchés de voyager sans décision judiciaire, maintenus sous contrôle judiciaire après avoir purgé leurs peines, ou soumis à un harcèlement judiciaire continu, n’ont jamais été reconnus par le CNDH. Pour cet organisme, ces situations semblent inexistantes. Cette absence de prise en compte contraste avec l’ancien Observatoire national des droits de l’Homme (ONDH), qui, malgré ses limites, dénonçait parfois certains abus.


Le CNDH, quant à lui, consomme des ressources publiques sans produire d’impact tangible, et son action apparaît même contre-productive pour la société civile, puisqu’il contribue à masquer les violations plutôt qu’à les combattre.


Un organe jamais aux côtés des opprimés

Le Conseil national des droits de l’homme (CNDH) a été créé en 2016, à la suite de la révision constitutionnelle de février, puis encadré par la loi 16‑13 du 3 novembre 2016. Présenté comme l’organe chargé de promouvoir et protéger les droits humains en Algérie, il succède à l’ancienne CNCPPDH sans en modifier la logique profonde. Malgré son mandat officiel, son rôle dans le dossier des disparitions forcées demeure quasi inexistant. Les familles de disparus et les ONG l’ont régulièrement sollicité, mais aucune enquête indépendante, approfondie ou transparente n’a jamais été menée. Comme son prédécesseur, le CNDH s’est systématiquement aligné sur la position officielle visant à éviter toute remise en cause de l’État, laissant les victimes sans soutien ni reconnaissance.


Dans un contexte où les droits humains restent un sujet tabou, le CNDH fonctionne avant tout comme un instrument de communication destiné à donner une façade institutionnelle à un système qui multiplie les atteintes aux libertés fondamentales. Loin de défendre les opprimés, il contribue à invisibiliser leurs souffrances et à neutraliser leurs revendications, notamment celles des familles de disparus des années 1990, qui continuent de réclamer vérité et justice sans jamais trouver auprès de cette institution un interlocuteur crédible.


 Essaïd Wakli



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