Le SNAPAP privé de congrès, Riposte Internationale met en cause les autorités algériennes
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Une plainte en dissolution, un congrès bloqué par le silence administratif, une direction contestée maintenue en place. L'organisation Riposte Internationale dénonce ce qu'elle nomme une « entrave indirecte » aux libertés syndicales en Algérie, et demande l'application immédiate des conventions de l'Organisation internationale du travail.
“Le syndicalisme ne peut pas rester l'appendice du pouvoir politique”. Feu Abdelhak Benhamouda prononçait ces mots en 1994, depuis le siège même de l'UGTA, en secrétaire général encore capable de se croire réformiste. Trente ans plus tard, une plainte en dissolution vise le Syndicat national autonome des personnels de l'administration publique (SNAPAP), son congrès national est bloqué faute d'autorisation administrative, et l'organisation Riposte Internationale a rendu publique, ce mardi, une déclaration qui ne prend pas de gants.
Le ton ne laisse pas de place à l'interprétation. Le silence des autorités face aux demandes d'autorisation pour la tenue du congrès “ne peut être interprété comme un simple dysfonctionnement bureaucratique”, écrit l'organisation dirigée par Ali Aït Djoudi. Ce report forcé traduit, poursuit la déclaration, “une logique préoccupante d'entrave indirecte à l'organisation autonome des syndicats indépendants”. Le mot “indirecte” mérite qu'on s'y arrête. Il décrit avec une certaine précision le mécanisme appliqué depuis plusieurs années contre les structures qui refusent l'orbite de la centrale unique.
Le SNAPAP était né de ce refus. Constitué au début des années 1990, dans le sillage du multipartisme arraché après octobre 1988, il avait incarné la possibilité d'une représentation des fonctionnaires hors tutelle de l'UGTA. C'est à sa survie qu'il lui faut désormais se consacrer.
Ce que le congrès bloqué était censé produire aggrave le tableau. Riposte Internationale relève que la réunion devait “marquer une étape décisive dans un processus de réunification interne”. Plusieurs fédérations issues de “différentes sensibilités” s'étaient dit prêtes à y participer, signal d'une volonté de refermer des fractures qui affaiblissent l'organisation depuis des années. Bloquer ce moment-là, précisément celui-là, revient selon la déclaration à “fragiliser délibérément toute dynamique d'unité syndicale”.
Le grief ne porte pas seulement sur l'obstruction administrative. La déclaration dénonce le “traitement différencié” au sein du mouvement syndical, à travers “la reconnaissance prolongée d'une direction en contradiction avec les dispositions légales en vigueur”, ce qui “soulève de sérieuses interrogations quant à l'impartialité des autorités”. Deux poids, une même loi. Benhamouda, assassiné en janvier 1997 dans des circonstances jamais totalement élucidées, avait perçu avant d'autres que le nœud n'était pas dans les textes mais dans la volonté de les appliquer. “On ne peut pas construire un syndicalisme crédible avec des textes de loi dans une main et une matraque administrative dans l'autre”, avait-il confié à des proches, selon plusieurs témoignages recueillis à l'époque.
Riposte Internationale réclame la délivrance immédiate des autorisations, la fin de “toute forme d'ingérence dans les affaires internes des syndicats”, et la mise en conformité des pratiques administratives avec les conventions de l'Organisation internationale du travail (OIT), notamment la convention 87 sur la liberté d'association et la convention 98 sur le droit d'organisation. L'Algérie a ratifié les deux. (Le Comité de la liberté syndicale de l'OIT avait déjà instruit plusieurs plaintes mettant en cause Alger sur le dossier SNAPAP, sans que les pratiques dénoncées ne soient modifiées.)
La déclaration se conclut sur un appel à “l'ouverture d'un dialogue transparent avec les organisations syndicales indépendantes afin de restaurer un climat de confiance”. Restaurer suppose qu'il en ait existé un.
Amine B.



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