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Algérie : L’Aïd 2026, révélateur d’un pouvoir d’achat fragilisé

  • il y a 5 heures
  • 3 min de lecture

Le pouvoir d’achat des Algériens, à l’approche de l’Aïd, apparaît comme un champ de forces contradictoires où les indicateurs officiels peinent à masquer la réalité vécue par les ménages. Alors que les autorités mettent en avant une inflation contenue et un marché « stabilisé », les prix observés sur le terrain racontent une tout autre histoire : celle d’une tension croissante, d’un Ramadan coûteux et d’une fête de l’Aïd qui s’annonce, une fois de plus, sous le signe de la contrainte budgétaire.


Les chiffres publiés par l’ONS affichent une inflation annuelle autour de 1,2 %, un niveau exceptionnellement bas dans un contexte régional marqué par des hausses généralisées. Les prix des produits alimentaires auraient même reculé, notamment la viande ovine, présentée comme un indicateur clé de la stabilité du marché. Mais cette lecture macroéconomique ne résiste pas à l’épreuve des marchés populaires, où les hausses sont visibles, rapides et difficilement absorbables. En quelques jours, les légumes de base ont vu leurs prix grimper de 30 à 70 %, la tomate dépassant les 200 dinars, le poivron franchissant le même seuil, et les haricots verts atteignant des niveaux inaccessibles pour une grande partie des familles. Cette inflation « ressentie », bien plus forte que l’inflation « mesurée », alimente un sentiment d’asphyxie qui traverse toutes les catégories sociales.


À cette flambée s’ajoute le poids du Ramadan, période où les dépenses alimentaires augmentent mécaniquement. Les ménages sortent d’un mois de consommation intensive, souvent financée à crédit ou par des avances informelles, et se retrouvent immédiatement confrontés aux préparatifs de l’Aïd.


Dans ce contexte, le mouton du sacrifice devient un symbole central du pouvoir d’achat. Consciente de la pression, l’État a lancé une opération d’envergure : importation d’un million de têtes, exonérations fiscales, suppression des droits de douane et plafonnement du prix du mouton importé à 50 000 dinars. Une mesure inédite, destinée à casser la spirale spéculative et à offrir une alternative aux prix du marché local, qui restent largement supérieurs.


Mais cette intervention, aussi massive soit-elle, ne suffit pas à dissiper les inquiétudes. Le cheptel national est en baisse, les coûts de l’alimentation animale ont explosé ces dernières années, et la demande reste très forte à l’approche de la fête. Résultat : les prix du mouton local demeurent hors de portée pour une majorité de familles, tandis que les moutons importés, bien que plus abordables, ne couvrent pas l’ensemble des besoins. La spéculation, quant à elle, continue de prospérer dans les interstices du marché, profitant de chaque tension logistique ou administrative.


Le décalage entre discours officiel et réalité quotidienne nourrit un malaise profond. Les salaires stagnent, les dépenses augmentent, et les mécanismes de régulation peinent à produire des effets durables. L’Aïd, moment de solidarité et de célébration, devient pour beaucoup un exercice d’équilibrisme financier, où l’on jongle entre obligations sociales, contraintes économiques et arbitrages douloureux. Le pouvoir d’achat, loin d’être un simple indicateur technique, s’impose comme un révélateur des fragilités structurelles de l’économie nationale : dépendance aux importations, vulnérabilité des filières agricoles, faiblesse du revenu disponible et persistance de pratiques spéculatives.


À l’approche de la fête, une certitude domine : les ménages algériens affrontent une pression budgétaire inédite, et les mesures conjoncturelles, aussi visibles soient-elles, ne suffisent plus à masquer l’érosion progressive de leur capacité réelle à consommer. L’Aïd 2026 s’annonce ainsi comme un test, non seulement pour les familles, mais aussi pour la crédibilité des politiques publiques en matière de pouvoir d’achat.


Nadia B

 
 
 

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