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Amnesty International enquête sur les autres possibles crimes de guerre en Cisjordanie


Alors que le monde a les yeux focalisés sur Gaza, les forces israéliennes déchaînent depuis quatre mois une vague de violence contre les Palestinien·ne·s en Cisjordanie occupée, se livrant à des homicides illégaux, notamment en recourant à la force meurtrière sans nécessité ou de manière disproportionnée lors de manifestations et d’arrestations, et privant les blessés d’assistance médicale, a déclaré Amnesty International dans un rapport publié sur son site, hier lundi.


En tant qu’organisation internationale des droits de l’Homme, Amnesty a procédé à un vrai travail d’investigations sur le terrain avec des témoignages oculaires, des photographies et vidéos avérées, constituant ainsi un dossier bien ficelé et en interpelant le procureur de la Cour Pénale Internationale pour enquêter sur de possibles crimes de guerre en Cisjordanie.


Au cours des derniers mois, Israël a augmenté ses attaques mortelles en Cisjordanie, causant une montée des tensions. Les forces israéliennes ont récemment mené une opération en se faisant passer pour des professionnels de santé.


Depuis 2023, au moins 507 Palestiniens ont été tués en Cisjordanie, dont 81 mineurs. Amnesty International condamne ces actions illégales et dénonce l'impunité dont jouissent les forces israéliennes dans le contexte de l'oppression systématique des Palestiniens.


Les forces de sécurité israéliennes ont recouru sans relâche à la force illégale lors d’opérations de maintien de l’ordre en Cisjordanie, semant la peur et l’intimidation au sein de communautés entières, mais aussi lors de rassemblements et de manifestations organisés en solidarité avec Gaza pour réclamer la libération des prisonniers et détenus palestiniens.


Entre le 7 octobre et le 31 décembre 2023, 299 Palestinien·ne·s ont été tués, soit une augmentation de 50 % par rapport aux neuf premiers mois de l’année. Au moins 61 autres, dont 13 enfants, ont été tués du 1er au 29 janvier 2024, selon l’OCHA.


Les cas étudiés par Amnesty International apportent la preuve flagrante des conséquences meurtrières de l’usage illégal de la force par Israël contre les Palestinien·ne·s en Cisjordanie. Les autorités israéliennes, y compris le système judiciaire israélien, se montrent réticentes à rendre justice aux victimes palestiniennes.


Dans ce climat d’impunité quasi totale, il importe qu’un système de justice internationale digne de ce nom intervienne.


Le procureur de la Cour pénale internationale doit enquêter sur ces homicides et blessures en tant que possibles crimes de guerre, à savoir l’homicide volontaire et le fait de causer délibérément de grandes souffrances ou des blessures graves. La situation en Palestine et en Israël est un test décisif pour la légitimité et la réputation de la CPI.


Le 26 novembre, Amnesty International a envoyé des demandes d’informations sur les quatre cas examinés aux services du porte-parole de l’armée israélienne et au commandant du district de Jérusalem.


Au moment de la publication, elle n’a reçu aucune réponse. Elle continue d’enquêter sur d’autres cas de recours excessif à la force lors d’opérations de maintien de l’ordre, comme les raids et les attaques répétés à Jénine et à Tulkarem, dans le nord de la Cisjordanie occupée.


Israël a des antécédents bien étayés en matière de recours à une force excessive, voire meurtrière, pour museler la dissidence et appliquer son système d’apartheid à l’encontre des Palestiniens, ce qui se traduit par des homicides illégaux récurrents commis en toute impunité.


Dans un cas emblématique sur lequel a enquêté Amnesty International, l’armée et les garde-frontières israéliens ont recouru à une force excessive lors d’un raid qui a commencé le 19 octobre et a duré 30 heures au camp de réfugiés de Nour Shams, à Tulkarem.


Parmi les victimes de ce raid figure Taha Mahamid, 15 ans, abattu par les soldats israéliens devant chez lui alors qu’il sortait pour voir s’ils avaient quitté la zone. Il n’était pas armé et ne représentait pas de menace pour les soldats au moment où il a été abattu, d’après des témoignages oculaires et les vidéos examinées par Amnesty International.


Sur une vidéo filmée par l’une de ses sœurs et authentifiée par le Laboratoire de preuves d’Amnesty, on peut voir Taha marcher dans la rue, regardant à droite et à gauche pour détecter la présence de soldats, puis s’effondrer devant chez lui, après que trois détonations aient retenti.


Le 13 octobre à Tulkarem, des soldats israéliens ont ouvert le feu sur une foule palestinienne non armée qui manifestait pacifiquement en solidarité avec Gaza. Deux journalistes ont rapporté avoir vu les forces israéliennes tirer des grenades lacrymogènes avant de tirer à balles réelles sans avertissement.


Les journalistes et trois enfants se sont retrouvés coincés derrière un mur pendant deux heures pendant que l'opération se déroulait. Ils ont été témoins d'un Palestinien à vélo se faire tirer dessus et d'un autre manifestant recevoir une balle dans la tête, causant sa mort ultérieure.


Le 27 novembre, les forces israéliennes ont utilisé une force excessive contre des Palestiniens à Beitunia. Ils s'étaient rassemblés pour accueillir des prisonniers libérés.


Des balles réelles et des balles en caoutchouc ont été tirées sur la foule, ainsi que des grenades lacrymogènes larguées par des drones. Un homme a été tué par une balle dans la poitrine et des vidéos montrent des manifestants jetant des pierres et brûlant des pneus.


Ces actions doivent faire l'objet d'une enquête en tant que possibles crimes de guerre.

Les forces israéliennes entravent régulièrement l'assistance médicale dans les territoires palestiniens occupés, une pratique qui fait partie du système d'apartheid d'Israël.


Amnesty International a enquêté sur cinq cas où les forces israéliennes ont empêché des personnes blessées de recevoir des soins médicaux, et ont également tiré sur des Palestiniens qui tentaient d'aider les blessés.


Lors du raid à Nour Shams, le 19 octobre, deux ambulances ont été bloquées à l'entrée du camp et n'ont pas pu atteindre les blessés.


Les habitants ont alors dû transporter les blessés à l'hôpital en voiture. Les membres de la famille ont témoigné qu'Ibrahim Mahamid a été blessé et n'a pas reçu d'assistance médicale pendant plus d'une heure.


Un secouriste a confirmé avoir essayé d'atteindre Ibrahim pendant ce temps, mais l'ambulance a été bloquée à l'entrée du camp. Ibrahim a continué à perdre du sang.


Lors du raid qui s’est déroulé à Jénine le 9 novembre, l’armée israélienne a attaqué le personnel médical qui tentait de soigner une personne blessée par balle à l’intérieur du camp de réfugiés.


Selon un témoin, Sabreen Obeidi, une secouriste de la Société du Croissant-Rouge palestinien, a été blessée par balle au niveau du bas du dos par des tirs israéliens, alors qu’elle se trouvait dans une ambulance du Croissant-Rouge palestinien stationnée dans le camp de réfugiés de Jénine .


Complément d’information sur les normes juridiques internationales:


Le texte d’Amnesty International souligne que Israël, en tant que puissance occupante en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, doit se conformer à la Quatrième Convention de Genève ainsi qu'au droit international relatif aux droits humains. Les forces israéliennes sont tenues de respecter les droits humains, tels que le droit à la vie, à la sécurité, à la liberté d'expression et de réunion pacifique. Les actes intentionnels de violence et les atteintes graves à l'intégrité physique sont considérés comme de graves violations du droit international.


Yacine M

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