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Apres l’exil, Lotfi Double Kanon affirme faire l’objet d’un mandat d’arrêt international

il y a 4 heures
3 min de lecture

Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, le rappeur algérien Lotfi Double Kanon affirme faire l’objet d’un mandat d’arrêt international délivré par le tribunal de Annaba, sa ville natale. Une déclaration qui, si elle venait à être confirmée officiellement, soulèverait de sérieuses interrogations sur la portée des poursuites judiciaires engagées contre les voix critiques du pouvoir algérien, y compris lorsqu’elles se trouvent à l’étranger.


De son vrai nom Lotfi Benlamri, l’artiste s’est imposé au fil des années comme l’une des figures connues du rap algérien engagé. Casquette vissée sur la tête, langage accessible et ton généralement mesuré, il a souvent choisi la musique et les réseaux sociaux pour exprimer ses positions sur la situation politique de son pays. Ses prises de parole, régulièrement critiques à l’égard du pouvoir, lui ont progressivement valu une exposition qui dépasse largement le cadre artistique.


En 2014, dans le contexte de la contestation du projet de quatrième mandat de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika, Lotfi Double Kanon avait déjà exprimé son opposition à cette perspective, rejoignant ainsi les nombreuses voix qui dénonçaient la confiscation de la vie politique. Depuis, il vit en France, où il poursuit ses interventions sur les questions liées à l’Algérie. Il anime également une émission consacrée à son pays sur la chaîne El-Magharibia.


L’annonce qu’il vient de faire marque une nouvelle étape dans une affaire qui dépasse désormais la seule personne du rappeur. Elle pose la question de l’utilisation de l’appareil judiciaire à l’encontre des opposants et des personnalités critiques installés à l’étranger. Car si les informations relatives à ce mandat d’arrêt international restent à confirmer par des sources judiciaires indépendantes, la déclaration de l’artiste intervient dans un climat politique marqué par la multiplication des poursuites visant des journalistes, des militants, des artistes et des défenseurs des droits humains.


L’exil, qui représentait pour certains une protection contre les pressions et les procédures judiciaires, semble ainsi perdre une partie de sa fonction de refuge. Les voix dissidentes qui continuent de s’exprimer depuis l’étranger pourraient-elles désormais être exposées à des procédures susceptibles de franchir les frontières nationales ? C’est toute la question soulevée par les déclarations de Lotfi Double Kanon.


Près de huit ans après le déclenchement du Hirak, en février 2019, l’Algérie peine toujours à tourner la page d'une gestion essentiellement sécuritaire de la contestation. Arrestations, interpellations, poursuites judiciaires et condamnations continuent régulièrement d'alimenter l'actualité nationale. La répression de certaines expressions critiques nourrit le sentiment d'un rétrécissement de l'espace public et d'une volonté de contenir toute forme de contestation susceptible de remettre en cause les choix du pouvoir.


Sous la présidence d'Abdelmadjid Tebboune, cette logique sécuritaire demeure au cœur des critiques adressées aux autorités. Le régime algérien n'a certes jamais été un modèle de démocratie, mais il avait, à différentes périodes, toléré certaines formes d'expression et de contestation, notamment pour préserver des équilibres politiques et sociaux. Aujourd'hui, l'impression qui domine chez une partie des observateurs est celle d'un système de plus en plus réticent à accepter les voix contradictoires.


L'affaire Lotfi Double Kanon pourrait ainsi devenir un révélateur supplémentaire de cette crispation politique. En s'exprimant depuis la France, le rappeur continue de porter une parole critique sur son pays. Si les faits qu'il rapporte sont confirmés, ils illustreraient une extension préoccupante du champ des poursuites visant les opposants au-delà des frontières nationales.


En poursuivant ses détracteurs jusque dans l'exil, le pouvoir algérien prend le risque de donner l'image d'un régime davantage préoccupé par le contrôle de la contestation que par les attentes de ses citoyens. Les difficultés économiques, les frustrations sociales, les aspirations à davantage de libertés et la demande d'un véritable État de droit constituent pourtant des enjeux autrement plus importants que la mise au silence des voix critiques.


Huit ans après le Hirak, la question reste entière : l'Algérie peut-elle durablement faire l'économie d'une ouverture politique et d'un véritable pluralisme ? À force de considérer la critique comme une menace, les autorités risquent surtout d'accentuer la fracture entre les institutions et une partie de la société. Et l'affaire du rappeur Lotfi Double Kanon rappelle que, pour certains opposants, même l'éloignement géographique ne semble plus suffire à mettre leur parole à l'abri.



Essaïd Wakli

 
 
 

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