Dix ans après la mort en détention du journaliste Mohamed Tamalt, son frère réclame la réouverture du dossier
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Le 11 décembre 2016, Mohamed Tamalt, 41 ans, journaliste algéro-britannique, succombe à une blessure au crâne à l’hôpital Lamine-Debaghine de Bab-El-Oued à Alger alors qu’il était en détention. Le ministère de la Justice a alors conclu à une mort naturelle, tandis que sa famille accuse les autorités d’avoir assassiné le journaliste. Près de 10 ans après, son frère, Abdelkader, demande l’ouverture d’une enquête indépendante et l’étude du dossier médical.
Lorsqu’il rentrait au pays en juin 2016, Mohamed Tamalt ne savait pas qu’il allait effectuer son dernier voyage. Il a pris le vol Londres à Alger dans le but de voir sa mère et ses frères, comme il avait l’habitude de le faire régulièrement. Son arrivée à l’aéroport Houari-Boumediène s’est faite sans accrocs. Il était d’autant plus confiant que des représentants officiels lui avaient assuré qu’il ne risquait rien en retournant dans son pays. Ces assurances sont venues parce que Mohamed Tamalt n’était pas un journaliste ordinaire. Dans son blog, il s’en prenait, de manière virulente, voire parfois injurieuse, aux responsables du pays et à leurs familles. Dans certains de ses articles, il accusait des proches de responsables de corruption. Dans d’autres, il fouillait dans la vie privée de certains d’entre eux. Abdelmalek Sellal et sa fille, Rym, établie alors dans la capitale britannique, étaient ses principales cibles. Leurs plaintes à Londres n’avaient pas abouti, puisque le journaliste était innocenté.
Arrivé chez lui, Mohamed Tamalt, copulent et lunettes de vue de rigueur, est cerné par les services de sécurité avant d’être enlevé en pleine rue par des agents en civile. Après 48 heures de garde à vue, il a été condamné par le tribunal de Sidi-M’hamed à deux ans de prison. S’ensuit alors une détention à la prison d’El-Harrache, puis à Koléa. Une anomalie puisque le détenu ayant introduit un appel, il ne devait pas changer de lieu de détention. En signe de protestation, il entame une grève de la faim. Au bout de quelques semaines, la famille, notamment le frère Abdelkader, apprend que son frère a été transféré à l’hôpital Lamine-Debaghine. « Mon frère était dans un coma profond. Puis, au bout de la troisième visite j’ai remarqué une plaie béante sur son crâne. Les médecins m’ont dit que c’était une opération qui visait à retirer un caillot de sang. Mais je n’ai pas cru cette version, d’autant plus que Mohamed n’était pas malade avant. Je suis convaincu qu’il a été agressé », raconte Abdelkader qui se rappelle que quelques jours avant son décès, son frère s’était réveillé et avait dit aux agents qui le surveillaient à l’hôpital : « Hgartouni (vous m’avez méprisé) ». Dans le rapport d’autopsie, le médecin légiste conclut à une « infection pulmonaire ». Son frère n’y croit toujours pas et demande une nouvelle expertise. « C’est un meurtre. J’accuse l’ancien ministre de la Justice, Tayeb Louh d’être derrière la mort de mon frère, puisque c’est lui qui était responsable de toutes les institutions de la Justice », fulmine Abdelkader Tamalt, lui aussi réfugié à Londres depuis quelques années. Il dit être menacé à cause de cette revendication.
Malgré le temps qui passe, la mort d’un homme en prison, de cette manière, reste un des plus grands scandales de l’ère Bouteflika. Puis, le refus de rouvrir le dossier 10 ans après les faits entache à jamais l’image, déjà très éclaboussée, de l’Etat algérien.
Essaïd Wakli



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