Fioul algérien frelaté livré au Liban : la justice algérienne rouvre l’enquête
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La justice algérienne a ouvert la semaine dernière un dossier aux ramifications internationales : la livraison au Liban du fioul jugé frelaté en avril 2020. Pour tenter de démêler l’écheveau de cette affaire, le juge d’instruction de la troisième chambre chargé des affaires économiques du tribunal de Sidi-M’hamed, à Alger, a auditionné mercredi 24 juin, d’anciens hauts cadres de la compagnie nationale des hydrocarbures, Sonatrach, dont une ancienne vice-présidente.
La justice soupçonne en effet que derrière cette livraison de fioul que les autorités libanaises avaient considéré comme frelaté, il y a eu des magouilles, voire de la corruption. A cela s’ajoute le préjudice financier et moral causé à la plus grande entreprise du continent africain qui est la Sonatrach. Car, en fournisseur fiable et crédible, la compagnie publique algérienne est devenue, en l’espace d’une opération mal menée, une entreprise à la crédibilité incertaine.
A l’origine du scandale, il y a la députée libanaise Paula Yacoubian qui a affirmé en mai 2020 lors d’une conférence de presse, que le dossier du carburant défectueux livré par Sonatrach à Électricité du Liban (EDL) est un « énorme scandale », fustigeant « le secret » entourant le contrat signé entre la compagnie pétrolière nationale et l’État libanais, rapportait le média libanais l’Orient-Le-Jour.
« Le dossier du carburant défectueux est un énorme scandale, documenté par de nombreux rapports », a déclaré Paula Yacoubian, dénonçant que certaines parties « commencent à œuvrer pour l’enterrer ». « Pourquoi le contrat avec Sonatrach est-il secret ? », s’est indignée la députée. « Des déchets pétroliers sont envoyés au Liban et il faut que l’enquête à ce sujet englobe la société qui fait fonctionner les navires-centrales », qui utilisent une partie du fuel controversé, a préconisé Mme Yacoubian, accusant « des chefs communautaires et responsables politiques de haut rang » d’être impliqués dans ce scandale.
A l’époque, les regards étaient surtout portés vers Farid Bedjaoui, un homme d’affaires algérien sulfureux naturalisé libanais. Le jeune homme, neveu de l’ancien ministre algérien des Affaires Etrangères, était à ce moment-là soupçonné de corruption dans une affaire de contrat entre la Sonatrach et la société italienne Saipem, un mandat d’arrêt international était lancé contre lui. « Il y a un mandat d’arrêt qui a été lancé à son encontre. Il est poursuivi en Algérie et en Italie et je ne sais pas s’il l’est aussi dans d’autres pays. Il a bénéficié de la nationalité libanaise en 2018 et il se dit que la sûreté générale a informé la présidence de la République que cet homme est sous le coup de poursuites, qu’il y a un mandat d’arrêt lancé contre lui, et malgré cela on a insisté pour sa naturalisation », a déclaré Paula Yacoubian.
En Algérie, la présidence de la République et la Sonatrach avaient démenti à l’époque toute implication dans ce scandale. Au Liban, la justice soupçonne d’autres entreprises privées qui importaient des carburants d’avoir « impliqué » le responsable de la filiale libanaise de l'entreprise Sonatrach Petroleum Corporation (SPC), le bras international de Sonatrach. Ce responsable serait lié à des hommes politiques libanais, soupçonnés d’implication dans des affaires de corruption qui ont conduit entre autres à la dégradation de la principale centrale électrique de Beyrouth.
En tous cas, 6 ans après les faits, ce scandale n’a pas encore livré tous ses secrets. Depuis 2024, Sonatrach a repris la livraison du fioul au Liban.
Essaïd Wakli



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