Fécondité au Maghreb : l'Algérie résiste encore, mais jusqu'à quand ?
- 14 juin
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En 2024, le Maroc est passé sous le seuil de renouvellement des générations. La Tunisie y est depuis longtemps. L'Algérie, avec 2,4 enfants par femme, tient encore le cap, mais la courbe descend sans discontinuer depuis 2017.
L'Institut national d'études démographiques (INED) vient de publier une étude comparative sur les trois pays du Maghreb. Le tableau qu'il dresse n'est pas catastrophiste pour l'Algérie, mais il conclut que le pays “s'oriente vers des niveaux de fécondité bas”. Ses voisins, eux, sont déjà dans le rouge.
Au Maroc, l'indice synthétique de fécondité est tombé à 1,97 en 2024, sous le seuil de remplacement fixé à 2,1. Pays qui comptait encore 7 à 8 enfants par femme dans les années 1970, ce recul est d'une ampleur peu commune. En Tunisie, le chiffre atteint 1,58, un niveau proche de la moyenne européenne, que de nombreux gouvernements du vieux continent peinent à enrayer. L'Union européenne affiche 1,34, avec des extrêmes comme Malte (1,01) ou l'Espagne (1,1). L'Algérie, à 2,4, reste au-dessus. Mais la tendance depuis 2017 ne prête guère à l'optimisme.
Plusieurs ressorts expliquent ce recul régional. La prolongation des études, surtout chez les femmes, reporte l'entrée dans la vie active et avec elle les projets matrimoniaux. Les difficultés d'insertion professionnelle font que le mariage, quand il arrive, arrive tard. S'y ajoute une évolution des représentations : les parents “accordent une plus grande importance au succès scolaire, au bien-être et aux conditions de vie de leurs enfants”, note le rapport. L'investissement affectif et financier se concentre sur moins d'enfants, un modèle qui se propage via l'école, les médias et les réseaux sociaux. Le recours à la contraception amplifie le mouvement. Au Maroc, 71 % des femmes y avaient recours en 2018, dont 58 % sous formes modernes. En Algérie, cette proportion est nettement inférieure : 53,6 %. Un écart qui explique en partie pourquoi l'Algérie conserve encore une longueur d'avance sur ses voisins.
Ce que le vieillissement change
Ce qui préoccupe l'INED n'est pas tant le niveau actuel que la dynamique à venir. “La probable consolidation de ces pays dans des niveaux de fécondité persistamment bas annonce un vieillissement de leur population et une décélération de leur croissance, dans un contexte migratoire à faible capacité compensatoire”, prévient le rapport. Autrement dit, le Maghreb va vieillir sans avoir atteint le niveau de développement qui lui permettrait d'attirer des immigrés en nombre suffisant pour compenser le déficit de naissances. Les pays européens compensent leur propre dénatalité grâce aux flux migratoires. Le Maghreb ne dispose pas de ce filet.
Au Maroc, les plus de 60 ans représentent déjà 13,8 % de la population soit la moitié du ratio espagnol (27 %), mais une part qui grossira vite. Avec un chômage des jeunes officiellement supérieur à 37 %, la baisse des naissances pourrait avoir un effet de tension mécanique sur le marché du travail. Moins de jeunes entrant dans l'emploi, peut-être moins de pression migratoire vers l'Europe. Les transferts de fonds des diasporas marocaines pèsent 11,5 milliards d'euros par an, soit 8,5 % du PIB marocain, un tarissement même partiel de ces flux ne serait pas sans conséquences.
Pendant ce temps, le Sahel maintient des indices record. Le Tchad affiche 6 enfants par femme, le Niger n'est pas loin. La mortalité infantile y recule (71 pour mille naissances), l'espérance de vie progresse. L'Afrique subsaharienne compte aujourd'hui 1,5 milliard d'habitants, âge médian 19 ans. En 2100, les projections annoncent 3,8 milliards, soit 37 % de la population mondiale, contre moins de 400 millions d'Européens. Le Maghreb ne sera plus la principale zone de départ vers l'Europe, d’ailleurs cette bascule est déjà visible aux Canaries, où la majorité des arrivées proviennent d'Afrique de l'Ouest et du Sahel. L'Algérie, sans politique nataliste ni campagne de régularisation comparable à celles du Maroc en 2014 et 2016, verra la pression sur ses frontières sud augmenter.
Sophie K.



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