Tebboune nomme un de ses partisans à la tête de l’ANIE !
- il y a 12 minutes
- 2 min de lecture

Après des mois d’intérim, le chef de l’Etat a nommé Saad Arous comme président de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE). Une désignation qui interroge autant sur le choix du personnage que sur le procédé de la sélection des responsables de manière générale.
Cette décision est d’autant plus problématique que la création d’une instance indépendante chargée d’organiser des élections a toujours été une des principales revendications de la classe politique algérienne, plus particulièrement des partis de l’opposition, dans le but d’éviter les fraudes électorales. Cet organisme a d’abord été créé en 2019, en pleines manifestations du hirak, en dehors de tout cadre légal, puis constitutionnalisée en 2020 lors de la révision de la Constitution. C’est dans ce cadre que le premier président à qui le pouvoir a confié la présidence de cette instance était Mohamed Charfi. Ancien magistrat, ministre de la Justice, ce dernier s’était surtout distingué par l’ouverture de dossiers de corruption de proches de Abdelaziz Bouteflika, ce qui lui a valu une mise sur une voie de garage pendant de longues années. Malgré son passé de commis de l’Etat, sa nomination a fait quasiment consensus malgré la persistance des dénonciations de fraude électorale.
Mais les choses ont changé depuis. La première anomalie consiste d’abord en la nomination, en 2024, d’un président intérimaire en la personne de Karim Khalfane, professeur du Droit constitutionnel à l’Université de Tizi-Ouzou. Puis, le chef de l’Etat a profité d’une « révision technique » de la constitution pour dépouiller l’ANIE de quasiment toutes ses prérogatives. Mais la désignation de Saâd Arous dépasse tout autre dysfonctionnement. Ce sénateur, nommé en 2020 par Abdelmadjid Tebboune dans le Tiers présidentiel -donc affidé au chef de l’Etat- était aussi membre actif de la direction de campagne du candidat Tebboune lors de l’élection présidentielle de 2024, ce qui fait de lui un homme dont la partialité est totalement absente. Il est donc totalement dévoué à celui qui l’a désigné à la tête de l’ANIE.
Avec cette nomination, Abdelmadjid Tebboune a assis son autorité à quasiment toutes les instances censées être indépendantes. Il a dépouillé le conseil supérieur de la magistrature (CNM) et l’ANIE de leurs prérogatives en instaurant un système qui lui permet de les contrôler directement. Cette posture s’ajoute au fait que c’est lui, le chef de l’Etat, qui nomme quasiment à toutes les responsabilités importantes, y compris des instances de contrôle et de surveillance, rendant toute possibilité de critique, de censure ou de contradiction impossible. C’est une mainmise en bonne et due forme du pouvoir exécutif sur le reste, comme au bon vieux temps du parti unique.
Essaïd Wakli



Commentaires