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Imetal, nominations monnayées, voyage à Nouakchott : Ali Aoun face aux écoutes

  • il y a 1 jour
  • 3 min de lecture

Un intermédiaire sans mandat officiel, des appels téléphoniques où le nom du ministre revenait comme passe-droit, un voyage à Nouakchott aux contours flous : le procès Imetal a ouvert ses débats mardi devant le tribunal correctionnel d'Alger.  


Un homme que ses interlocuteurs appellent « Nounou Manita » dans les communications téléphoniques enregistrées. Une expression familière, « 3ami Ali », utilisée comme sésame dans des coups de fil dont la teneur aurait, selon le parquet, déterminé des nominations et soldé des contrats. C'est sur ce fil que s'est ouverte, mardi, l'audience du procès impliquant l'ancien ministre de l'Industrie Ali Aoun et des responsables du groupe public Imetal, devant le tribunal correctionnel d'Alger.  


Les faits remontent au 28 octobre 2024, date à laquelle les services de sécurité intérieure reçoivent des informations signalant des relations suspectes entre l'individu surnommé « Nounou Manita » et l'ex-ministre. Une enquête est ouverte. Elle mène rapidement à la convocation de plusieurs directeurs de filiales d'Imetal, de responsables économiques, et du mis en cause principal.  


« Un protocole d'accord, pas un contrat »  


Le nœud de l'affaire se resserre autour d'un déplacement effectué en septembre 2024 à Nouakchott. Une délégation officielle d'Imetal s'y rend pour promouvoir les produits algériens et prospecter des débouchés commerciaux. Or, selon les éléments réunis par le juge d'instruction, « Nounou Manita » figure dans le voyage, sans détenir la moindre qualité officielle.  


Face au magistrat, les directeurs de filiales ont maintenu une ligne de défense cohérente : leur mission était commerciale, leur participation à un salon de promotion des produits algériens, légitime. Quant au document signé avec la contrepartie mauritanienne, ils ont unanimement soutenu qu'il s'agissait d'un simple « protocole d'accord », sans portée contraignante.  


Le directeur général du complexe de Bellara a nié avoir connaissance d'accords parallèles. Celui de Fondal a affirmé n'avoir pas accompagné le prévenu principal lors du déplacement, avant d'être confronté par le juge à ses propres déclarations antérieures, qui semblaient indiquer le contraire. Pris dans ses contradictions, le responsable a évoqué des « pressions » subies durant l'enquête.  


« Je suis un bouc émissaire »  


La séquence la plus tendue a opposé le juge à « Nono Manita » lui-même. Coincé entre ses déclarations devant les officiers de police judiciaire et celles faites devant le juge d'instruction, le prévenu a multiplié les dénégations. Il a nié toute relation directe avec Ali Aoun, tout rôle d'intermédiaire dans des décisions administratives, toute clause lui accordant 15 % des transactions conclues avec le partenaire mauritanien.  


Pour justifier sa présence à Nouakchott, il a avancé une invitation personnelle d'un opérateur économique mauritanien, dans le cadre d'une affaire d'importation de poisson sans lien avec la mission d'Imetal. Quant aux appels téléphoniques au cours desquels il aurait recouru au nom du ministre pour obtenir des réintégrations ou bloquer des révocations, il a balayé les accusations, se présentant comme une cible de substitution dans un dossier qui le dépasse.  


Le juge l'a confronté, point par point, à des éléments précis issus des écoutes et des interrogatoires croisés, notamment des allusions à des dettes présumées du fils du ministre. « Nounou Manita » a nié en bloc, qualifiant ces éléments de calomnies.  


L'audience se poursuit. Ali Aoun, qui avait géré le portefeuille de l'Industrie jusqu'à son départ du gouvernement, attend son tour d'audition dans un dossier où le terme « 3ami Ali » résonne désormais comme pièce à conviction.  


Sophie K.  

 
 
 

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