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Karim Tabbou lance une initiative politique et appelle au dialogue

  • il y a 3 heures
  • 2 min de lecture

À l’occasion de la fête de l’indépendance, le militant politique Karim Tabbou a annoncé une nouvelle initiative qu’il présente comme une tentative de « rupture avec un ordre politique qui refuse les conditions minimales du pluralisme démocratique et de l’égalité politique ». Toujours sous contrôle judiciaire depuis son arrestation en 2019, l’ancien coordinateur de l’UDS affirme vouloir ouvrir un espace politique alternatif, à distance des mécanismes institutionnels actuels.


S’il rejette la tenue des législatives de ce jeudi, Tabbou estime que la notion même de boycott « perd sa pertinence ». Selon lui, le boycott suppose un accès juridique au processus électoral, ce qui n’est pas le cas pour une partie des acteurs politiques. Cette analyse rejoint les constats formulés par plusieurs organisations internationales — Amnesty International, Human Rights Watch ou encore le Comité national pour la libération des détenus (CNLD) — qui documentent régulièrement les restrictions imposées aux opposants, aux journalistes et aux associations en Algérie depuis 2019.


Le communiqué ne précise pas les contours de l’initiative, mais pose des préalables jugés essentiels : libération des personnes détenues pour leurs opinions, garantie effective des libertés d’association, de réunion, d’expression et d’organisation politique, ainsi qu’ouverture des espaces médiatiques et politiques. Ces revendications s’inscrivent dans un contexte où Reporters sans frontières classe l’Algérie à la 145e place sur 180 dans son Index mondial de la liberté de la presse 2026, un recul qui illustre la fermeture progressive du champ médiatique. Elle se situe désormais derrière la Tunisie (137e) et loin derrière le Maroc (105e).


Tabbou présente son appel comme une « main tendue » en faveur d’un dialogue national fondé sur la confiance et le respect mutuel. Il plaide pour « l’ouverture d’un processus électoral permettant l’expression libre et effective de la volonté des citoyens dans le cadre d’un nouveau contrat social inclusif ». Cette notion de « contrat social » renvoie à une refondation des règles du jeu politique, un thème récurrent dans les débats post‑hirak, notamment au sein des collectifs citoyens et universitaires qui défendent l’idée d’une transition démocratique négociée.


Six ans après le hirak, le militant dresse un bilan sévère de la période post‑2019. Malgré les réformes institutionnelles engagées — nouvelle Constitution, renouvellement des assemblées, recomposition interne du pouvoir — il estime que « les mécanismes de domination, d’exclusion politique et de déni de l’expression de la volonté populaire sont restés fondamentalement inchangés ». Plusieurs politologues algériens, dont Louisa Dris‑Aït Hamadouche, ont formulé des analyses similaires, soulignant que les transformations opérées n’ont pas modifié la nature du système politique ni élargi l’espace de compétition électorale.


L’initiative de Tabbou s’inscrit ainsi dans une séquence politique marquée par une crise de légitimité persistante, une participation électorale en baisse et une demande sociale de changement qui demeure forte, même si elle ne s’exprime plus dans les mêmes formes qu’en 2019. Pour ses partisans, cet appel pourrait constituer une tentative de réarticuler un espace politique citoyen. Pour ses détracteurs, il reste trop flou pour constituer une alternative structurée. Dans tous les cas, il intervient à un moment où le débat sur l’avenir du système politique algérien reste ouvert, mais étroitement encadré.



Essaïd Wakli

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