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Le journaliste Mustapha Benfodil de nouveau interdit de sortie du territoire algérien

  • il y a 13 heures
  • 3 min de lecture

C’est la deuxième fois en moins de deux mois que l’ISTN contrarie sa participation à ce projet. En juillet déjà, il avait été retenu au moment de rejoindre le festival d’Avignon, où une rencontre autour de la pièce était programmée.


Jeudi 3 septembre, jour où il devait embarquer à bord du vol Air Algérie AH 1022 à destination de Marseille, l’écrivain et journaliste Mustapha Benfodil a de nouveau été empêché de quitter le territoire algérien. À l’aéroport d’Alger, la police des frontières lui a confirmé qu’il restait sous le coup d’une interdiction de sortie du territoire national (ISTN), sans préciser ni l’autorité à l’origine de la mesure ni son motif.



Le journaliste, qui collabore depuis plusieurs années avec la compagnie théâtrale El-Ajouad, devait rejoindre une résidence artistique organisée du 3 au 11 septembre à La Chartreuse, à Villeneuve-Lez-Avignon, l’un des lieux de référence de la création théâtrale contemporaine en France. Le projet en cours, une pièce intitulée « Générations radieuses », porte sur les essais nucléaires menés par la France dans le Sahara algérien entre 1960 et 1966. Benfodil en est l’auteur du texte.


C’est la deuxième fois en moins de deux mois que l’ISTN contrarie sa participation à ce projet. En juillet déjà, il avait été retenu au moment de rejoindre le festival d’Avignon, où une rencontre autour de la pièce était programmée.


L’origine de la mesure remonte au 18 janvier. Ce jour-là, Benfodil est convoqué pour la première fois de sa carrière par la direction des renseignements généraux (RG) de Hydra, à propos d’un article consacré à un numéro de la revue NAQD portant sur le gaz de schiste. Deux officiers lui indiquent alors, oralement, qu’il est placé sous ISTN parce que le sujet est jugé « sensible ». Aucune plainte n’a été déposée contre l’article ni contre son auteur.


La revue NAQD, dirigée par l’historien Daho Djerbal, paraît légalement en Algérie depuis 35 ans. Dans une déclaration datée du 18 juillet, Djerbal défend le journaliste, affirmant qu’il « n’a fait que son métier de journaliste professionnel » en présentant le numéro 44 de la revue.


Quelques semaines plus tard, Benfodil affirme avoir appris que son nom ne figurait pas dans le fichier national de la police recensant les personnes légalement soumises à une ISTN. Il se présente malgré tout à l’aéroport le 13 juillet pour rejoindre Avignon. Après une demi-heure d’attente, un officier de la police aux frontières lui signifie qu’il ne peut pas voyager.


S’ensuit une série de démarches auprès des institutions sécuritaires et judiciaires d’Alger. Benfodil se rend à deux reprises à la Direction générale de la sûreté nationale, une fois à la Direction générale de la sécurité intérieure, puis au ministère de la Justice, au parquet général près la Cour d’Alger et aux tribunaux de Sidi M’hamed, Bab el Oued, Bir Mourad Raïs et Dar El Baïda. De ces démarches, il tire un constat: aucune poursuite judiciaire n’apparaît à son encontre, il n’a jamais été déféré devant un procureur ni entendu par un juge d’instruction, il n’a signé aucun procès-verbal d’audition et son casier judiciaire reste vierge.


L’article 49 du code de procédure pénale encadre pourtant strictement l’ISTN judiciaire: elle doit être ordonnée par le procureur de la République sur rapport motivé d’un officier de police judiciaire, notifiée par écrit à l’intéressé et limitée à trois mois renouvelables une seule fois, sauf pour des faits de terrorisme, d’atteinte à la sûreté de l’État ou de corruption. Benfodil affirme n’avoir reçu aucune notification écrite et souligne que la mesure qui le vise dure depuis près de huit mois.


Dans son communiqué, il s’adresse directement au président Abdelmadjid Tebboune pour demander la levée de l’interdiction, tout en se disant prêt à répondre devant la justice si l’un de ses écrits « tombe sous le coup de la loi ». Il invoque l’article 49 de la Constitution, qui garantit à tout citoyen le droit d’entrer sur le territoire national et d’en sortir, restreint uniquement par une décision motivée de l’autorité judiciaire et pour une durée déterminée.


Journaliste au quotidien El Watan et auteur de plusieurs pièces représentées en France, dont « End/Igné », mise en scène par Kheireddine Lardjam au Festival Off d’Avignon, Mustapha Benfodil attend toujours une réponse aux requêtes déposées auprès des juridictions algéroises.


Khaled ROUABAH


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