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Désert pénal : quand l’inculture des droits humains devient un programme politique

  • il y a 1 jour
  • 2 min de lecture

La décision d’implanter une prison au cœur du désert, officiellement destinée aux barons de la drogue, a déclenché une vague de réactions qui dépasse le cadre sécuritaire. Si le gouvernement présente ce projet comme une mesure exceptionnelle pour isoler les réseaux criminels les plus dangereux, une partie de la population populiste s’en réjouit avec une ferveur qui interroge. Pour ces voix, la chaleur écrasante, l’éloignement et l’austérité deviennent des arguments, presque des promesses de châtiment exemplaire.


Cette jubilation révèle une inculture persistante sur les questions de droits humains. Beaucoup ignorent — ou feignent d’ignorer — que la justice n’a jamais consisté à infliger des souffrances physiques, encore moins à exposer des détenus à des conditions extrêmes. Dans un pays où les droits fondamentaux sont souvent perçus comme des caprices occidentaux plutôt que comme des garanties universelles, l’idée d’une prison désertique devient un fantasme collectif : punir plus fort, punir plus loin, punir sans témoin.


Mais l’inquiétude va plus loin. Dans un système où la justice n’est pas indépendante, où les procédures sont souvent opaques, où les décisions judiciaires peuvent être influencées par des considérations politiques, une prison isolée dans le désert ouvre la porte à toutes les dérives. Ce qui est présenté comme un établissement pour barons de la drogue pourrait devenir, demain, un lieu d’enfermement pour opposants politiques, journalistes critiques, lanceurs d’alerte ou simples citoyens coupables d’avoir exprimé un avis différent de la version officielle.


L’histoire récente du pays n’est pas étrangère à ces craintes. Les disparitions forcées, longtemps niées puis timidement reconnues, ont laissé une trace profonde dans la mémoire collective. Une prison hors de tout contrôle citoyen, loin des regards, loin des familles, loin des avocats, pourrait devenir un espace où l’on pratique encore l’effacement des corps et des voix. Un lieu où l’on enterre les problèmes en même temps que les personnes.


Ce glissement révèle aussi un autre angle mort : le rôle de l’État dans l’épanouissement et l’intégration de sa jeunesse. Car ces jeunes que l’on fantasme de voir “moisir” sous 50 degrés sont souvent les mêmes que les institutions ont abandonnés : école défaillante, absence de perspectives, chômage massif, politiques d’insertion inexistantes. L’État, qui devrait être le premier garant d’un avenir possible, se contente trop souvent de réponses sécuritaires, laissant le champ libre à une rhétorique punitive qui rassure mais ne résout rien.


Dans un pays où les fractures sociales et générationnelles s’élargissent, la prison du désert apparaît moins comme une solution que comme un symptôme. Celui d’une société qui préfère punir plutôt que comprendre, isoler plutôt qu’accompagner, se réjouir plutôt que réfléchir. Et cette satisfaction affichée, cette excitation presque jubilatoire, ne dit rien de bon sur notre rapport collectif à la justice, ni sur la manière dont nous envisageons l’avenir de ceux que nous prétendons vouloir protéger.



Nadia B

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