Famille expulsée d’un logement social : Quand l’OPGI applique la loi, mais oublie la justice
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Les services de l’OPGI, l’Office de promotion et de gestion immobilière de Annaba, ont procédé, jeudi 03 juin, à l’expulsion d’une famille d’un logement public locatif (LPL, dit Social) dans la commune de Berrahal. Motif : le père de famille ne payait plus les loyers, souvent dérisoires (2800 DA le mois). Des photographies diffusées par la société publique montrent en effet la famille, dont un vieil homme tenant des médicaments dans ses mains, sortir le linge et le peu de meubles dont elle disposait. Des gendarmes protègent les fonctionnaires de l’OPGI et l’huissier de justice venu exécuter la décision d’expulsion.
L’image est inédite et a ému beaucoup d’internautes qui se posent la question sur comment est-ce que les autorités algériennes peuvent expulser une famille à quelques semaines de la saison des pluies et du froid. La décision est d’autant plus incompréhensible pour beaucoup que les logements dont il s’agit sont « donnés » par l’Etat aux familles pauvres ou nécessiteuses. Sauf que dans le principe, ces appartements, une réédition des HLM (Habitation à loyer modéré) existant en France par exemple, ne sont pas gratuits puisque le locataire paie un loyer mensuel, souvent dérisoire. Plus que cela, beaucoup d’Algériens ignorent une réalité : ces logements ne donnent pas droit à la priorité ni à la succession même si périodiquement l'État met en vente un certain nombre de ces maisons pour ceux qui y ont habité pendant de longues périodes.
En principe, donc, celui qui ne paie pas ses loyers doit quitter son appartement. Mais le drame du pays est dans l’absence d’équité entre les citoyens. Parce que depuis très longtemps, ces logements font l’objet de magouilles et de trafics de tous genres. Pire, ils sont souvent détournés par des responsables qui les « offrent » à leurs entourages et connaissances qui, souvent, ne sont pas dans le besoin. Pire, ces appartements de pauvres sont gardés quasiment à vie par des personnes dont la situation sociale s’est beaucoup améliorée au fil des ans. S’il est normal en effet de bénéficier d’une habitation soutenue par l’Etat lorsqu’on a un revenu très bas, il n’est pas normal de la garder lorsque la situation sociale de l’occupant a connu une évolution positive jusqu’à la richesse dans certains cas. Dans tous les Etats providence, le logement social est retiré dès que le bénéficiaire a des revenus supérieurs à la moyenne de ceux qui résident dans des HLM. Pas en Algérie. Plus grave, beaucoup de ces appartements sont transformés en cabinet médicaux ou des bureaux pour avocats et autres activités libérales, ce qui est en contradiction totale avec leurs vocation initiale.
Devant ces données, il est difficile de défendre la seule nécessité pour les bénéficiaires de payer leurs loyers. Parce que dans ces appartements, il existe des familles sans revenus, des orphelins et veuves sans salaire ni pension et parfois des malades lourds dont les moyens ne permettent pas de se soigner et de se loger en même temps. Ce sont ces catégories de citoyens auxquels l’Etat doit trouver des solutions. Car, lorsque cette famille de Berrahal quitte son appartement, elle se retrouve où ? Dans la rue ? L’équation est évidemment compliquée à résoudre. Mais au droit de l’OPGI de percevoir les loyers indus, est opposé un autre principe constitutionnel qui est le droit des citoyens démunis au logement. Et ça, c’est le rôle de l’Etat.
Essaïd Wakli



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