Le Mémorial virtuel des disparu(e)s forcé(e)s, détruit par des cyberattaques, remis en ligne par le CFDA

Fils de Nassera Dutour, Amine Amrouche a disparu en janvier 1997 après son arrestation par des agents de l'État algérien. Vingt-neuf ans plus tard, le site qui porte sa mémoire, comme celle de milliers d'autres disparus, vient d'être remis en ligne par le CFDA après avoir été détruit par des cyberattaques.
En janvier 1997, Amine Amrouche, 21 ans, est arrêté par des agents de l’État algérien dans la banlieue d’Alger. Il ne réapparaîtra jamais. Ce jour-là, il n’a pas été pris seul : il a été raflé avec plusieurs autres jeunes du quartier, embarqués dans la même opération de répression. La plupart ont disparu comme lui, happés par ce système où l’arrestation se transforme en disparition, et la disparition en silence imposé. Sa mère, Nassera Dutour, n’a cessé de le chercher. Comme des milliers d’autres familles, elle a entamé une quête sans réponse, faite de démarches administratives bloquées, de portes closes et d’attente interminable. Peu à peu, elle rejoint d’autres mères frappées par le même deuil suspendu. Ensemble, elles transforment leur douleur en mobilisation.
En mai 1998, à Paris, elles fondent le Collectif des familles de disparu·e·s en Algérie (CFDA), pour documenter les cas, porter les voix des victimes et briser l’effacement que le pouvoir tente d’imposer.
Presque trente ans après la disparition d'Amine, l'histoire de son dossier, et de milliers d'autres constitués depuis par le CFDA, vient d'échapper une nouvelle fois à l'effacement. Dans un communiqué diffusé le 30 août 2026 à Paris, le CFDA a annoncé la remise en ligne du Mémorial virtuel des disparus en Algérie, le site qui rassemble ces dossiers individuels, détruit par des cyberattaques qui avaient effacé plusieurs années de collecte de témoignages. Sa reconstruction a été menée avec le soutien de l'organisation catalane Sodepau et de l'Institut català internacional per la pau (ICIP), qui avaient déjà accompagné une première version du site en 2010, en partenariat avec l'organisation italienne ZaLab. Ce projet initial incluait un volet audiovisuel consacré au parcours de Nassera Dutour elle-même.
Le CFDA a choisi de relancer le site le 30 août, jour proclamé Journée internationale des victimes de disparitions forcées par l'Assemblée générale des Nations unies. Le mémorial reprend une frise chronologique des événements de la décennie 1990, une revue de la couverture médiatique internationale des disparitions, des témoignages de proches et des dossiers individuels constitués à partir des archives des familles, comme celui d'Amine Amrouche. Selon le CFDA, près de 10 000 personnes ont été enlevées par des groupes armés islamistes ou arrêtées par des agents des forces de sécurité de l'État durant cette période. L'association a déposé plus de 4 000 dossiers auprès du Groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées.
Cette bataille pour la mémoire se heurte à un texte précis. Le CFDA attribue les obstacles rencontrés par les familles à la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, approuvée par référendum en 2005, dont les textes d'application prévoient des peines de prison pour toute personne qui « instrumentalise les blessures de la tragédie nationale ». C'est cette même bataille, menée depuis vingt-huit ans par Nassera Dutour devenue présidente du CFDA, qui s'est heurtée à des obstacles renouvelés ces derniers mois. Le 30 juillet 2025, elle s'est vu refuser l'entrée sur le territoire algérien à son arrivée à l'aéroport d'Alger. Son recours a été rejeté en janvier 2026 par la cour administrative d'appel d'Alger.
Le 16 mars 2026, les autorités algériennes ont fermé et mis sous scellés les locaux de SOS Disparus, l'antenne du CFDA à Alger, au motif de l'absence d'autorisation préalable. Un mois plus tard, en avril 2026, un proche de disparu engagé dans cette même quête, Rachid Ben Nakhla, était arrêté sans que son sort soit communiqué aux autorités concernées, aux côtés de trois autres personnes, Hamza Tellaa, Samia Bekouche et Slimane Hamitouche, détenues sans mandat avant d'être libérées. Ces faits ont conduit plusieurs experts indépendants du Conseil des droits de l'homme des Nations unies à s'alarmer publiquement, le 13 mai 2026, rappelant que la dissimulation délibérée du sort d'une personne détenue constitue une disparition forcée, même de courte durée. La Fédération internationale pour les droits humains et l'Organisation mondiale contre la torture, qui documentent ce dossier depuis plusieurs années, font par ailleurs état d'attaques informatiques répétées contre les sites internet du CFDA, à l'origine de pertes de contenus déjà survenues avant celle d'août 2026.
C'est dans ce climat que le mémorial d'Amine Amrouche et des milliers d'autres disparus reste, depuis le 30 août, de nouveau consultable à l'adresse www.memorial-algerie.info.
Khaled R



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