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Relaxé à Paris, Kamel Daoud reste au cœur d’un brasier judiciaire entre France et Algérie

il y a 1 jour
2 min de lecture

La 17e chambre correctionnelle de Paris a rendu aujourd’hui son verdict dans le premier procès en diffamation intenté par Saâda Arbane contre l’écrivain et journaliste Kamel Daoud. Le tribunal a relaxé l’auteur, estimant que les propos incriminés ne permettaient pas d’identifier la plaignante. Les juges ont en outre condamné Mme Arbane pour citation abusive et l’ont astreinte au versement de dommages-intérêts symboliques à l’écrivain ainsi qu’au directeur de la publication du Figaro, automatiquement visé en tant que responsable légal du journal. Pour la défense de Daoud, cette décision confirme le caractère infondé d’une procédure engagée sur des bases fragiles.


Cette affaire n’est pourtant qu’un volet d’un contentieux plus vaste. Une seconde plainte, déposée en France par Mme Arbane, vise l’auteur pour abus de confiance. La plaignante, rescapée d’un massacre durant la décennie noire, accuse Daoud d’avoir utilisé son histoire personnelle comme trame du roman Houris, prix Goncourt 2024. Elle affirme que plusieurs scènes du livre reprennent des éléments précis de son vécu, transmis à l’écrivain par son épouse, psychiatre et ancienne thérapeute de la plaignante. Daoud rejette ces accusations et soutient que son roman est une fiction inspirée de situations vécues par « des centaines d’Algériens » durant les années 1990, sans lien direct avec une personne identifiable.


L’affaire a pris une dimension plus lourde en Algérie. En avril, le tribunal d’Oran a condamné l’écrivain à trois ans de prison ferme par contumace, à la suite d’une plainte déposée par l’Organisation nationale des victimes du terrorisme. Cette condamnation repose sur une disposition de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, qui interdit d’évoquer publiquement la « tragédie nationale », c’est‑à‑dire la décennie noire. Une disposition régulièrement dénoncée par les défenseurs des droits humains, qui y voient un instrument de censure mémorielle. Le parquet d’Oran a précisé que les poursuites ont été initiées par les victimes elles-mêmes et que Daoud conserve la possibilité de faire appel s’il se présente devant la justice.


Dans la même ville, Mme Arbane poursuit également l’auteur pour violation de la vie privée et abus de confiance, dans une procédure distincte de celle menée en France. Aucun procès n’a encore été programmé, mais l’accumulation des plaintes nourrit ce que l’avocate de Daoud décrit comme un « harcèlement judiciaire » destiné à l’épuiser et à entraver son travail littéraire.


Au-delà des procédures, l’affaire Houris cristallise un débat plus large sur la représentation de la décennie noire, la frontière entre fiction et témoignage, et le statut juridique de la mémoire traumatique dans un pays où la loi encadre strictement la narration de cette période. Elle met aussi en lumière une tension entre liberté littéraire, secret professionnel et droits des victimes de terrorisme, dans un contexte où les systèmes judiciaires français et algérien avancent selon des logiques profondément différentes.


Essaïd Wakli

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