Le SNPSP s'indigne d'un feuilleton…Et les scanners en panne dans les hôpitaux, ça ne choque personne ?
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Le Syndicat national des praticiens de la santé publique a trouvé sa cause du Ramadhan : dénoncer une série télévisée. Pendant ce temps, des patients algériens attendent des semaines un scanner dans un hôpital public.
Il aura fallu un médecin de fiction harcelant une patiente fictive dans un couloir fictif de l'hôpital de Kouba pour réveiller le SNPSP. Le 24 février 2026, le syndicat a adressé une plainte en bonne et due forme au président de l'Autorité de régulation de l'audiovisuel, réclamant l'intervention des autorités contre la série El Mouhajir, diffusée sur la chaîne El Hayat durant les soirées ramadanesques.
Le courrier, signé par le Dr Ines Merabet, est parfaitement rédigé. Il invoque « les principes et l'éthique de la profession médicale », déplore une atteinte à « la réputation du corps médical auprès de l'opinion publique » et s'alarme de l'image négative renvoyée par une scène de harcèlement dans un établissement hospitalier. Tout y est. Sauf l'essentiel.
Car ce que ne dit pas ce communiqué et ne dira probablement jamais avec la même ardeur, c'est l'état réel de la santé publique algérienne. Celui que vivent, chaque jour, des millions de patients, pas dans une série télévisée, mais dans la chair et dans l'os. Ces malades orientés vers le secteur privé, faute de scanner fonctionnel dans l'établissement public qui les prend en charge. Ces familles contraintes de débourser plusieurs milliers de dinars pour une IRM ou un scanner que l'hôpital public devrait pourtant fournir gratuitement, mais dont les appareils sont en panne depuis des mois, faute de pièces de rechange ou de technicien de maintenance. Ces patients qui repartent chez eux avec une ordonnance d'imagerie et l'angoisse d'un diagnostic suspendu.
Voilà ce qui porte atteinte, concrètement, à la relation de confiance entre le corps médical et les citoyens. Pas un feuilleton du soir.
La question que pose malgré lui ce communiqué est celle de la sélectivité syndicale. Le SNPSP représente des dizaines de milliers de praticiens du secteur public. Il dispose d'un siège boulevard Victor-Hugo, d'un agrément ministériel depuis 1991, et de tous les outils pour interpeller les pouvoirs publics sur le sous-équipement hospitalier chronique, les ruptures de stock en médicaments essentiels, ou la fuite des médecins algériens vers l'Europe-un exode silencieux qui saigne chaque année un peu plus le système de santé public.
Mais sur tout cela, le syndicat s'exprime avec une discrétion inversement proportionnelle à l'urgence. En revanche, pour une scène de série ramadanesque, le courrier part en 24 heures, tampon officiel et signature du président du bureau national inclus.
Force est de constater que dans cette affaire il y a quelque chose de révélateur sur les priorités d'un certain syndicalisme médical en Algérie : protéger l'image plutôt que défendre la réalité du terrain. Soigner la perception plutôt que soigner les conditions dans lesquelles on soigne.
Le corps médical algérien mérite mieux qu'un protecteur de réputation télévisuelle. Il mérite un syndicat qui dise tout haut ce que chaque praticien murmure dans les couloirs-réels, ceux-là- des hôpitaux publics : qu'il est impossible d'exercer dignement sans moyens, et qu'aucune fiction ne peut être plus scandaleuse que cette réalité-là.
Amine B.



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