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Les éditions Tafat reviennent au Sila après deux ans d’absence

il y a 1 minute
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Écartée du Salon international du livre d’Alger en 2024 et en 2025, la maison fondée par Tarik Djerroud sera présente à la 29e édition, du 28 octobre au 7 novembre. Elle rejoint Koukou et Frantz Fanon dans une série de retours dont les critères ne sont pas rendus publics.  


Les éditions Tafat seront présentes à la 29e édition du Salon international du livre d’Alger (Sila), au Palais des expositions des Pins maritimes. Installée dans la wilaya de Béjaïa et fondée en 2010 par l’écrivain Tarik Djerroud, la maison porte un nom qui veut dire « lumière » en tamazight. Sa candidature avait été rejetée l’an dernier, sans explication des organisateurs selon sa propre page officielle. Elle avait déjà été tenue à l’écart de l’édition 2024.  


Son retour suit celui de Koukou Éditions, qui a annoncé le 12 octobre sa réintégration après trois ans d’exclusion, et celui des éditions Frantz Fanon, attendues au stand B58 du pavillon Palestine avec plus de 140 titres et une séance de signature de Saïd Sadi pour les cinq tomes de ses Mémoires. Koukou dit prendre acte d’une décision de la ministre de la Culture et des Arts. Ces trois maisons indépendantes ont en commun des catalogues tournés vers l’histoire, les sciences humaines et le débat public, un terrain où la lecture officielle du passé et le travail des chercheurs ne coïncident pas toujours. Elles retrouvent un salon dont le commissariat a revendiqué plus de cinq millions de visiteurs l’an dernier.  


La distinction explique en grande partie la difficulté à contester ces mises à l’écart. Koukou le rappelait elle-même, ses livres restaient disponibles en librairie. L’éditeur peut donc continuer à publier et à vendre, mais il perd la seule vitrine d’ampleur nationale où se rencontrent auteurs, libraires et lecteurs. Les exclusions de 2023 à 2025 ont été notifiées sans critères rendus publics. Koukou avait été avisée par courriel du retrait de son stand pour des « dépassements » au regard du règlement du Sila.  


Dans son communiqué d’octobre 2025, la maison affirmait que le président de la commission de lecture, qu’elle appelle commission de censure, avait déclaré devant le juge d’instruction que les mesures prises contre elle avaient été ordonnées par la ministre de l’époque, au vu d’un « rapport secret » des services de sécurité. Sa plainte s’était soldée par un non-lieu, confirmé par la chambre d’accusation de la cour d’Alger. Koukou invoque l’article 54 de la Constitution, selon lequel seule une décision de justice peut interdire une publication.  


Un retour accordé par décision ministérielle, sans règle publiée, peut se défaire de la même façon. Cette année, la ministre Malika Bendouda a demandé au comité de lecture de ne commettre « ni abus, ni double standard », tout en écartant les textes qui véhiculent la haine ou la violence. Le second critère reste large, et sa liste d’application n’a pas été publiée. Cet été, la direction du Salon avait précisé que le programme culturel n’était pas arrêté et que les listes d’exclus ou de participants qui circulaient n’avaient rien d’officiel.  


Les restrictions ne se limitaient pas aux stands. Le 18 avril, la vente-dédicace d’un ouvrage de la sociologue Fatma Oussedik, publié par Koukou, a été interdite à Alger. Selon l’éditeur, des policiers sont intervenus pour saisir des exemplaires, et la librairie a fait l’objet d’une fermeture administrative d’un mois.  


Tafat n’est pas une nouvelle venue, puisqu'à la 22e édition du Sila, elle occupait déjà un stand au Pavillon central, comme les années précédentes. Elle y présentait Tamazight, âme de l’Afrique du Nord, essai en deux tomes de Tarik Djerroud sur l’histoire de la langue, et Éternel Mammeri, ouvrage collectif dont la dédicace par Amine Zaoui était annoncée. Elle y rééditait aussi Le roseau sentimental, roman du peintre Hocine Haroun paru en France en 1984 et accessible pour la première fois aux lecteurs algériens, à côté d’un livre en langue amazighe, officielle depuis la révision constitutionnelle de 2016. Tarik Djerroud y publie en outre ses propres textes, dont Camus et le FLN, paru à Paris chez Erick Bonnier en 2022 et aussi en Algérie chez Tafat. Il confiait en 2020 voir dans le Sila « un rendez-vous littéraire majeur » et l’un des rares lieux où les gens du métier se retrouvent.  


Amine B.  



 
 
 

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