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Marseille : le journaliste Jean-Michel Verne démonte les idées reçues sur la “DZ Mafia”

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Les relations algéro-françaises traversent une phase de normalisation fragile, sur fond de contentieux mémoriels et migratoires non résolus. Dans ce climat, l'usage du terme “DZ Mafia” pour désigner le crime organisé marseillais n'est pas sans effet. Jean-Michel Verne, journaliste spécialisé police-justice, en déconstruit les présupposés.


Un terme suffit, parfois, à figer un phénomène. “DZ Mafia” a ainsi colonisé les colonnes de la presse et les réseaux sociaux au fil des grandes affaires criminelles marseillaises, au point de devenir, pour beaucoup, synonyme d'une organisation monolithique, ethniquement homogène, exportée d'Algérie. C'est précisément ce postulat que le journaliste spécialisé police-justice Jean-Michel Verne a récemment entrepris de corriger.


Son intervention, dans un registre pédagogique assez rare sur ce sujet, tranche avec le traitement habituel des faits divers criminels. Verne ne nie pas l'existence de réseaux structurés opérant depuis Marseille. Il en conteste la lecture.


Le point de départ est empirique. Dans plusieurs dossiers judiciaires qu'il a eu l'occasion d'examiner, le journaliste relève que les listes d'individus mis en cause mêlent des patronymes de provenances multiples, y compris européennes. L'étiquette “DZ”, qui renvoie à l'Algérie dans l'argot numérique, ne décrit donc pas, selon lui, une appartenance communautaire fermée, encore moins une structure recrutant sur critère d'origine. Elle désigne, au sens opérationnel, un mode d'organisation et un territoire, non une identité collective.


Ce glissement sémantique, Verne l'analyse comme un biais récurrent dans la couverture médiatique des criminalités urbaines. Attribuer une nationalité à un réseau revient souvent à en figer arbitrairement les contours et à masquer sa plasticité réelle.


Entre la 'Ndrangheta et la “Mocro Maffia”


Pour situer la “DZ Mafia” dans le panorama du crime organisé européen, le journaliste mobilise deux points de comparaison. D'un côté la 'Ndrangheta calabraise, structure pluricentenaire fondée sur les liens de sang et un système de grades codifiés, dont l'implantation dans le nord de l'Italie, en Allemagne et en Belgique témoigne d'une capacité d'internationalisation méthodique. De l'autre la “Mocro Maffia”, réseau né dans les communautés marocaines des Pays-Bas et de Belgique dans les années 2000, aujourd'hui au cœur du trafic de cocaïne en Europe du Nord, et dont l'ascension a été marquée par une brutalité spectaculaire.


Face à ces modèles relativement lisibles, la structure marseillaise décrite par Verne apparaît d'une autre nature. Moins hiérarchisée, moins codifiée, elle fonctionnerait sur un mode horizontal, par alliances variables selon les opportunités et les filières. Une souplesse qui la rend, précisément, difficile à démanteler.


Le fond du propos de Jean-Michel Verne touche à une question de méthode. Les enquêteurs, les magistrats et les journalistes qui travaillent sur le crime organisé connaissent la difficulté à cerner des réseaux dont les contours se déplacent en permanence. Réduire leur description à un marqueur ethnique ou national revient, dans cette logique, à observer une ombre plutôt qu'un corps.


Ce type de raccourci n'est pas nouveau. Il a accompagné la couverture de la Yakuza japonaise, de la Camorra napolitaine ou des gangs centraméricains aux États-Unis. Chaque fois, l'étiquette culturelle a rendu service aux uns et nui aux autres, souvent au détriment de la compréhension réelle du phénomène.


Aussi, rappelle-t-il, le crime organisé se lit dans les dossiers, dans les flux financiers, dans les réseaux de distribution, rarement dans les patronymes. Ce que les affaires récentes instruites à Marseille tendent elles-mêmes à confirmer, à mesure que les actes de mise en examen détaillent des configurations plus hétérogènes qu'annoncé.


Sophie K.



 
 
 
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