Menaces et entraves contre le journaliste Saïd Boudour : une experte de l'ONU demande une enquête à Alger

Définitivement acquitté en février 2025, le journaliste et défenseur des droits humains Saïd Boudour figure toujours parmi les personnes sous ISTN. Une experte indépendante des Nations unies, qui fait état de menaces de mort récentes à son encontre, demande aux autorités une enquête impartiale et une protection effective.
Sur le plan judiciaire, le dossier de Saïd Boudour devrait être clos. Le 26 février 2025, le tribunal criminel d'appel près la cour d'Alger l'a acquitté, avec les militants Kaddour Chouicha et Jamila Loukil, dans l'affaire dite « Rachad » d'Oran, où ils étaient poursuivis depuis avril 2021 pour des chefs liés au terrorisme. Le tribunal criminel de Dar El Beida avait déjà prononcé leur acquittement en première instance, en décembre 2023. Quant au mandat d'arrêt délivré contre lui à l'automne 2019, en plein Hirak, le journaliste affirme avoir obtenu un certificat de cessation de recherches. Sa situation administrative, dit-il, n'a pourtant jamais été régularisée.
« Je suis empêché de prendre l'avion et même de passer la nuit dans un hôtel en Algérie », déplorait-il en juillet. Pour exercer son métier, il parcourt de longues distances par la route, avec le risque d'être interpellé au premier contrôle. Il dit avoir sollicité les services de sécurité puis le parquet du tribunal d'Oran. Reçu par le procureur général près la cour d'Oran, il aurait obtenu la saisine de la sûreté de wilaya, laquelle aurait transmis un télégramme aux autorités centrales. Aucune régularisation n'a suivi. Les plaintes qu'il a lui-même déposées, dont une enregistrée en mai 2021, n'ont pas davantage abouti.
L'affaire est désormais remontée jusqu'à Genève. Dans une déclaration adressée à la mission permanente de l'Algérie auprès des Nations unies, une experte indépendante de l'ONU se dit “profondément préoccupée” par les informations faisant état de “menaces d'arrestation” et “d'actes d'intimidation persistants” contre le journaliste, visé en outre, ces dernières semaines, par des “menaces de mort”.
L'experte relie ces pressions au travail de Saïd Boudour, qui a enquêté sur la corruption, les libertés civiques, les prisonniers politiques et le Hirak, et qui coopère avec les mécanismes onusiens de protection des droits humains. Elle n'exclut pas que les mesures judiciaires prolongées et les menaces qui le visent relèvent de “représailles” destinées à entraver le journalisme indépendant.
Le parcours du journaliste donne du poids à cette lecture. Arrêté en juin 2018 après avoir évoqué dans la presse l'affaire des 701 kilos de cocaïne saisis à Oran, il a été condamné par défaut en novembre 2020 à un an de prison pour des publications sur Facebook. Il s'est constitué prisonnier en mars 2021 et a écopé de deux mois avec sursis pour “outrage à corps constitué”. Interpellé de nouveau en avril 2021 alors qu'il couvrait une marche du Hirak à Oran, il a été placé sous contrôle judiciaire le 29 avril, et ses recours pour obtenir la levée de cette mesure ont été rejetés à l'été 2022.
Au terme de sa déclaration, l'experte exhorte les autorités algériennes à mener une enquête “rapide, approfondie, impartiale et efficace” sur les menaces signalées et à garantir la protection effective du journaliste. Elle rappelle que journalistes et défenseurs des droits humains doivent pouvoir exercer leurs activités sans intimidation, sans restrictions arbitraires et sans crainte de représailles. Saïd Boudour avait lui-même annoncé cet été son intention de saisir une nouvelle fois les instances onusiennes, estimant que son cas illustre le non-respect des décisions de justice.
Le dossier tranche avec les appels lancés cet été par le président Abdelmadjid Tebboune en direction des opposants établis à l'étranger. Saïd Boudour, lui, assure n'avoir jamais envisagé de quitter le pays et répète que pouvoir voyager ne signifierait pas un départ définitif. “La liberté de circuler est un droit fondamental, garanti par la Constitution et par les conventions internationales”, rappelait-il.

Khaled ROUABAH



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